Congrès du Parti Socialiste : Contribution Reinventer la gauche - 9/10
8. CONSTRUISONS UN PARTI DE COMBAT ET D’EDUCATION POPULAIRELe programme, la stratégie d’alliance et la forme du parti constituent un tout. Par exemple, les alliances dépendent à l’évidence du contenu du programme. Mais la forme du parti dépend aussi de la stratégie qu’il doit porter. A un programme flou avec des alliances à la carte correspond un parti sans contours délimité entre sympathisants et adhérents. C’est ce que devient le PS avec son système d’adhésion en solde sans que les nouveaux venus ne reçoivent aucune formation sur le parti qu’ils rejoignent, sa culture, son histoire, son organisation, son programme. Sous couvert de respect de l’indépendance des syndicats et des associations le parti est pratiquement absent des luttes sociales et de la construction des rapports de force culturels avec l’idéologie dominante. Il cantonne son action politique aux communiqués du bureau national et aux batailles parlementaires, son action concrète à celle de ses élus locaux. Il limite son horizon à la prochaine élection. En interne, il répond à tous les dysfonctionnements en incriminant le rôle des courants ! Comme si ce n’était pas la concurrence des personnes dans l’équipe dirigeante qui était la principale source du désordre ! Un parti fait de sections composées de plusieurs centaines voire millier d’adhérents n’est plus un parti conscient mais un forum aléatoire ouvert à toutes les manipulations. La véritable modernisation serait de faire du PS un parti moins ouvert aux vents des modes et sondages, avec des militants mieux formés et plus engagés dans l’action concrète. La gauche a besoin d’un parti socialiste fonctionnant comme un mouvement d’éducation populaire utile pour éclairer les citoyens qui viennent à sa rencontre. D’un parti qui parmi toutes les diversités qu’il est soucieux de représenter, s’attache d’abord à la diversité d’origine sociale de ses dirigeants et de ses élus ! En commençant par là on réduirait en même temps bien d’autres discriminations !
La mutation vers un tel parti serait une profonde révolution. Bien des mesures seraient nécessaires accompagnées d’une volonté de longue haleine comme celle des fondateurs du nouveau PS d’Epinay. Ici ne mentionnons qu’un point de départ : plus une section ne devrait compter plus de cent adhérents. Cela exigerait un effort de formation des animateurs des milliers de sections nouvelles, libérerait la participation aux débats, démultiplierait la capacité d’intervention du Parti. Evidemment l’essentiel restera encore à faire. Après l’effondrement du communisme d’Etat et la dilution consommée de la social-démocratie dans le néolibéralisme, la réinvention de la gauche est l’ordre du jour urgent de notre temps. Des Assises de la gauche du 21ème siècle doivent être proposées à toute la gauche sans exclusive pour mettre en débat public convergences et oppositions. Et d’abord pour engager sa réinvention. Car nous ne construirons rien d’utile ni de durable en continuant nous référer à des modèles qui ont échoué. Il n’y a qu’un préalable : la mise à distance de la ligne démocrate qui est la négation de tout cela. Cette tâche est hors de portée du seul Parti Socialiste, a fortiori anesthésié par des années de conformisme et de rabâchages pseudo-modernistes. Sinon comment parvenir à une alternative de gauche comprise et largement partagée qui ne se résume pas au chantage au vote utile qui nous tient lieu de ligne si souvent ? Comment assécher l’océan d’abstentions qui s’est reconstitué à l’occasion des élections municipales ? Qui ne voit le risque que courent aujourd’hui de ce fait la démocratie et la République dans notre pays ? Pour cela bien sur, ces assises doivent être ouvertes, non comme un effet de notre générosité mais comme le signal que nous avons pris conscience de nos limites face à l’ampleur de la tâche à accomplir.