Répondre à l'ETAT d'URGENCE POLITIQUE partie 2/3

Publié le par FD

par François Delapierre, délégué général de PRS

Deuxième thèse :
Face à l’état d’urgence politique,
il faut une réponse politique !

Peut-on répondre à l’état d’urgence politique sans proposer de réponse politique ? C’est une tentation présente chez de nombreux militants et dirigeants de la LCR, qui insistent exclusivement sur la nécessaire résistance sociale face aux politiques néolibérales en évacuant largement la question de l’issue politique.

Pourtant, l’aggravation de la crise que connaît notre pays se traduit par une dynamique de politisation. Prenons un exemple vécu sans doute par beaucoup d’entre nous. Entre les grèves du printemps 2003 et les élections de 2004, des milliers de militants et cadres des organisations syndicales ont estimé que la résistance à la politique gouvernementale devait se doter d’un débouché électoral. Ils ont voté à partir d’une analyse proprement politique des rapports de force à gauche, en choisissant les listes qui leur paraissaient les plus efficaces politiquement pour battre la droite, même si d’autres se montraient sans doute plus fidèles dans leurs programmes aux revendications sociales exprimées dans leurs luttes. Les listes de la gauche unie emmenées par le PS l’ont ainsi largement emporté, la percée annoncée des listes LCR-LO n’a pas eu lieu.

La participation électorale massive lors du référendum, marqué par le retour aux urnes des ouvriers et des employés (la participation électorale des ouvriers étant même pour la première fois supérieure à celle du reste de l’électorat !) doit être prise au sérieux. Les classes populaires se sont saisies du bulletin de vote comme d’une arme pour se défendre face à l’offensive néolibérale. Les renvoyer au seul rapport de forces social, dont on sait ce qu’il signifie entreprise par entreprise pour la majorité des salariés de ce pays, c’est les priver de la force que leur donne les instruments de la souveraineté populaire. Ne pas prolonger l’unification politique de la France travailleuse qui s’est réalisée autour du " non " en renvoyant chacun à la diversité des luttes immédiates, c’est prendre le risque de disperser la force rassemblée. C’est être en dessous de la main et contribuer, quoi qu’on en ait, à maintenir sous perfusion un ordre politique qui ne reflète pas la perte de légitimité du néolibéralisme à l’œuvre dans le peuple de gauche.

Les observateurs avisés auront d’ailleurs noté dans cette campagne, et cela se confirme depuis, que des dirigeants syndicaux et associatifs qui étaient hier les théoriciens de " l’autonomie du mouvement social " (Annick Coupé, Pierre Khalfa…) s’engagent désormais clairement sur le terrain politique. Il serait curieux d’assister à une évolution en sens inverse des dirigeants politiques de la gauche radicale !...........................

2007 est un enjeu

Peut-on continuer à dire (surtout lorsque l’on envisage d’être candidat) qu’il ne faut pas avoir " les yeux braqués sur 2007 " ? Je ne le pense pas. Il ne s’agit pas de réduire la bataille politique à la préparation de la présidentielle. Mais nous sommes dans une séquence politique dominée par cette échéance. La logique des institutions de la Cinquième République y conduit. Peut-on la refuser d’un côté, et s’en réclamer de l’autre pour présenter coûte que coûte un candidat à l’élection présidentielle ?

Si un candidat du " oui " est élu en 2007, chacun sait ce qui menace. Le processus de ratification ayant été repoussé au lendemain de la présidentielle, la Constitution européenne évacuée par la porte risque de nous revenir par la fenêtre. Et sans référendum cette fois pour que nous puissions nous y opposer. Ce serait une lourde défaite, suggérant que la mobilisation populaire et citoyenne ne peut rien face au rouleau compresseur de la mondialisation néolibérale. De même, peut-on espérer sauver les services publics ou le CDI si la droite gagne en 2007 ?

L’hypothèque de 2007 pèse lourdement sur les capacités de résistance et d’offensive à gauche. Elle était présente dans tous les esprits lors de la réunion nationale des collectifs qui s’est tenue en juin à Nanterre. Beaucoup d’intervenants ont souligné qu’il fallait contourner le problème… manière de reconnaître qu’il y en a un, sacrément imposant, qui bouche le passage ! Quelle peut être en effet l’efficacité d’une stratégie de résistance sociale et politique qui ne réponde pas à la question suivante : comment se saisir de 2007 pour mettre un coup d’arrêt à l’offensive néo-libérale ? Cette hypothèque ne sera pas levée en un jour et les difficultés qu’elles suscitent sont innombrables. Bien sûr, une dissolution à chaud au lendemain du 29 mai aurait facilité les alliages à bonne température. Ou alors plus de temps pour construire une alternative majoritaire. Mais il faut bien faire avec le calendrier qui se présente. N’est-ce pas ce que nous avons fait pendant la campagne en décidant de " mélanger 2005 et 2007 ", malgré les appels à ne pas confondre les échéances qui émanaient des partisans de gauche du " oui " ? Aujourd’hui, rien ne serait plus démobilisateur pour le peuple motivé et éduqué par le référendum que de voir les représentants du " non " de gauche nier la difficulté en occultant l’échéance de 2007… que chacun prépare dans le secret des appareils. En revanche, si nommer le problème ne le résout pas, c’est déjà commencer à l’affronter.

La Constituante européenne

Au lendemain du 29 mai, une intéressante réunion de partis de gauche et de mouvements sociaux européens s’est tenue à Colonel Fabien. Le débat s’est ouvert sur les perspectives ouvertes par le " non " français. Il a fait apparaître une ligne de clivage imprévue qui a traversé chacune des familles politiques représentées : communistes et membres du parti de la Gauche européenne (les plus nombreux), trotskystes, socialistes. D’un côté, ceux qui cherchent une issue politique à la crise européenne (parmi lesquels PRS, Alain Krivine, le PDS, Rifondazione…). Le mot d’ordre qui s’est dégagé de ce côté a été celui de la Constituante européenne. De l’autre, ceux qui en restent à la perspective d’un rassemblement des mouvements sociaux européens et estiment que le mot d’ordre de la Constituante divise le front déjà constitué dans le cadre d’instances telles le Forum Social européen (on y trouvait pour la France le PCF, Christophe Aguitton, Sophie Zafari...).

Le débat posé au niveau européen renvoie en fait à la même question qu’en France : faut-il une réponse politique à la crise européenne ? Si nous croyons que la crise européenne a franchi un nouveau palier le 29 mai dernier, que l’Union européenne est entrée à son tour dans l’état d’urgence politique, alors il faut avancer une perspective de refondation globale de la construction européenne et non pas seulement peaufiner le catalogue des revendications que des institutions illégitimes, désavouées et à bout de souffle seraient censées satisfaire (à moins qu’il ne s’agisse de promouvoir un avatar européen de " l’autonomie du mouvement social "). La défense inchangée des cadres et mots d’ordre existants conduit au passage à absoudre gratis les partisans du " oui " au sein du mouvement social européen, telle la CSE. Le paradoxe est que cette indulgence vis-à-vis des forces les plus droitières du mouvement social européen est parfois portée par les éléments censés être les plus radicaux du FSE.

C’est l’organisation d’un référendum qui a permis l’irruption du peuple français et du peuple néerlandais sur la scène européenne. Il n’y a aucune raison de croire en une inflexion radicale de la construction européenne indépendamment d’une nouvelle intervention des citoyens sur le terrain politique. La stratégie typiquement sociale-démocrate d’une pression exercée par le mouvement social est en effet vouée à l’échec faute de partenaire politique capable de la relayer majoritairement dans un espace politique européen dont les citoyens sont de surcroît tenus à l’écart. La seule issue d’une telle stratégie est la dilution mortifère dans le lobbyisme, largement encouragé par les institutions de l’Union, qui conduit à l’impuissance face aux intérêts capitalistes bien mieux armés et à l’éparpillement du combat de classe en une multitude de luttes catégorielles au gré des bureaux de Bruxelles.

Les combats du " mouvement social européen " ne peuvent faire abstraction du contexte national dans lequel ils se déroulent. Nous ne sommes pas dans le cadre d’une Nation constituée où le suffrage universel est réalisé. Il n’y a pas d’espace public européen. La souveraineté populaire européenne n’existe pas. Comment un véritable mouvement social européen appuyé sur une réalité populaire de masse, qui ne se résumerait pas à une poignée de happy few risquant malheureusement de devenir des alter-eurocrates promenant leur contre-expertise d’une capitale à l’autre, peut-il naître dans un tel cadre ? Les conditions d’un mouvement social européen restent encore à constituer. En fait, on pourrait dire que c’est la constitution de l’Europe politique qui est la lutte immédiate et la revendication sociale qui représente la tâche à plus long terme ! Plutôt que de s’évertuer à changer l’Europe actuelle, la gauche européenne ferait mieux de fonder une autre construction européenne. Seul le mouvement populaire peut porter ce projet qui s’oppose radicalement aux intérêts dominants d’un capital financier hostile à toute souveraineté populaire. C’est pourquoi la bataille pour une Constituante européenne apparaît comme un prolongement de la victoire du 29 mai.

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Publié dans PRS

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