Répondre à l'ETAT d'URGENCE POLITIQUE partie 1/3
par François Delapierre, délégué général de PRS
Socialiste engagé pour le " non ", j’ai été comme beaucoup d’autres brûlé par le feu de cette campagne. Avec un groupe de camarades où se détache la figure de Jean-Luc Mélenchon, nous essayons d’en tirer les conséquences. Nous animons une association autonome par rapport au Parti socialiste, Pour la République Sociale, qui après avoir fait campagne publiquement pour le " non ", va poursuivre dans le pays la bataille pour une union des gauches qui réconcilie enfin rejet du néolibéralisme et perspective majoritaire, radicalité et gouvernementalité. Un tel projet nous conduit à interpeller la LCR et à être interpellés par elle. Nous saisissons chaque occasion de le faire, comme les Universités d’été de Gourette (2003) et Port-Leucate (2005) auxquelles Jean-Luc Mélenchon et moi-même avons participé dans cet esprit de confrontation amicale. L’invitation qui m’a été faite d’écrire dans la revue de la LCR tombe à pic pour alimenter à nouveau notre controverse. Je voudrais le faire autour de trois thèses simples.
Première thèse :
Nous sommes entrés dans l’état d’urgence politique
Après des années marquées par une urgence sociale jamais résorbée, après l’aggravation des politiques néo-libérales qui s’en prennent désormais à l’os dur des acquis républicains (les services publics, l’Etat, l’indivisibilité de la République, l’impôt progressif, les piliers du Code du travail…), nous sommes désormais entrés dans un véritable état d’urgence politique. C’est le moment où les diverses crises qui habitent la société convergent et entrent toutes ensemble en zone critique. En France, crise sociale, crise politique et crise nationale fusionnent dorénavant en un processus unique. C’est une vieille histoire ! 1789, 1870, 1936, 1945... n’était-ce déjà pas le cas à chacun des grands soubresauts qui ont fait de la France le champion européen des révoltes et des révolutions ?
Comment se manifeste cet état d’urgence politique ? Son point saillant est la perte de légitimité des pouvoirs qui organisent la vie commune de la cité. Gouvernements, assemblées, autorités et médias, tous se sont affichés en supports inconditionnels et vindicatifs du modèle économique et social actuel. Tous ont fait le choix du " oui " au projet de Constitution européenne soumis au peuple le 29 mai dernier. Ensemble, ils ont investi dans cette campagne l’intégralité des moyens –sans cesse croissants- et de l’influence –sans cesse déclinante - dont ils disposent.
Le " non " massif du 29 mai a donc affiché spectaculairement la perte d’autorité des pouvoirs en place. En donnant à voir l’état d’urgence politique, il l’a considérablement aggravé. Comme le 21 avril 2002 (même si le 29 mai crée un tout autre contexte, bien plus favorable), la crise a franchi un nouveau palier. Depuis les résultats, la rage des élites continue à s’étaler et à creuser le fossé qui les sépare du peuple. Méprisé, nous savons qu’il ne manquera pas une occasion de châtier les importants.
L’état d’urgence politique touche désormais l’Europe entière. Le " non " français devait être isolé. Le " nee " néerlandais l’a immédiatement confirmé. Ceci ne constitue en aucun cas une surprise pour qui a en mémoire le résultat des dernières élections européennes. Le niveau record de l’abstention montrait déjà la prise de distance des citoyens. Et des mouvements extrêmement brutaux de l’électorat sanctionnaient partout les orientations politiques néo-libérales, quelle que soit la couleur des gouvernements en place. Le décalage se creuse donc. Les Assemblées ratifient à la quasi unanimité le projet de Constitution tandis que les rares peuples consultés l’ont rejeté par deux fois sur trois. La poursuite du processus de ratification ne peut que souligner ce décrochage et exporter l’état d’urgence politique de place en place.
Le vieux, le neuf… les lecteurs de Critique communiste connaissent bien la formule générale. Mais son application à une situation politique donnée est tout sauf facile. Car " le vieux qui ne veut pas mourir " est partout. Il est tout particulièrement en chacun de nous. Tuer son vieux : sans mauvais jeu de mots, aucune force politique de gauche n’est dispensée de ce travail. Bien sûr, ce sont les partisans du " oui " qui sont le plus clairement pris à revers par le résultat du référendum. Mais la gauche française forme un paysage cohérent. Les rôles y sont partagés selon des accords non dits qui lient chacun à un ordre global. Celui-ci a été capable jusqu’ici, malgré les efforts déployés par beaucoup, d’opposer une inertie considérable aux bouleversements à l’œuvre dans le peuple de gauche, que le référendum du 29 mai a mis en lumière. C’est bien tout le paysage qu’il faut changer. On ne répondra pas à l’état d’urgence politique sans une remise en cause des routines à l’œuvre ces dernières décennies..............