«Le programme commun du peuple est plus simple qu'on ne le croit.» partie 2
La Croix : La gauche peut-elle se remodeler en proposant deux candidats du PS à l'élection présidentielle de 2007, un partisan de la rupture avec la mondialisation libérale, et un partisan de son accompagnement ?
Jean-Luc Mélenchon : Non, car cette ligne de fracture passe à l'intérieur du PS. Or qui va proposer de détruire le plus grand parti de gauche ? Il faut répondre aux défis en responsabilité, par le débat et l'intelligence politique.
LC : Que feriez-vous si en 2007 le candidat du PS était issu du camp du « oui » au référendum ?
JLM : Il n'y a pas que pour moi que cela serait effroyable. Une telle situation produirait à coup sûr plus d'abstention chez les électeurs socialistes et un plus grand éparpillement. Cela revient à prendre le risque d'un nouveau 21 avril. On a oublié ce qu'il en coûte de croire qu'il suffit d'être candidat socialiste pour que les gens votent pour vous. Voila ce que je dis à mes camarades du PS : détestez-vous Fabius autant que cela pour risquer un nouveau 21 avril ? Au PS, ils ont pourtant été dans la même majorité que lui depuis le congrès de Rennes, ils ont été dans les mêmes gouvernements que lui.
LC :Ne pensez-vous pas qu'un candidat du PS qui ferait une campagne très à gauche serait ensuite contraint de décréter une pause ou une parenthèse, comme après l'euphorie de 1981 ?
JLM : Arrêtons d'être masochistes et de dire que nous ne pourrons pas tout faire, que l'État ne peut rien. Disons plutôt ce que nous pourront faire et pourquoi c'est possible. Personne ne croit que demain on rasera gratis. Je n'ai jamais rencontré quelqu'un dans les classes populaires qui pense que son salaire va brutalement être multiplié par quatre. Mais j'en connais beaucoup qui disent qu'il n'est pas normal qu'en une nuit on puisse ramasser l'équivalent de 5 000 ans de smic. Ce n'est pas de la jalousie, c'est du bon sens ! Le programme commun du peuple est bien plus simple que ne le croit une gauche « bobocrate » : un logement, que les enfants soient bien éduqués, des vacances, des produits de première nécessités accessibles, pouvoir se soigner. Ces choses simples sont quand même à la portée d'un pays riche comme le nôtre.