Répondre à l'ETAT d'URGENCE POLITIQUE partie 3/3
par François Delapierre, délégué général de PRS
Troisième thèse :
une autre majorité à gauche est possible
Le 29 mai dernier, le " non " a été doublement majoritaire : dans le pays et dans la gauche. Les dirigeants du " oui " de gauche se rassurent à bon compte en estimant qu’il s’agit d’un résultat accidentel, fruit du ras-le-bol contre le pouvoir. Ils parient que l’avenir du " non " de gauche est compromis à cause du faible poids électoral des partis qui le soutiennent. Mais on entend aussi de nombreux dirigeants de l’extrême gauche souligner en écho que la signification du 29 mai doit être relativisée en raison du " poids des appareils " voire du manque d’homogénéité politique du " non " de gauche.
C’est un point de vue très contestable. Il ne s’agit pas de faire du 29 mai l’expression d’une immense vague sans cesse ascendante, portée par des organisations en pleine forme, capables de construire du jour au lendemain une alternative au néolibéralisme. La victoire du " non " témoigne aussi de l’instabilité politique de la période. Elle est avant tout le fruit de la perte de légitimité du modèle néolibéral dominant. Après le 29 mai, rien n’est donc gagné. Mais le résultat du référendum mai montre que tout est possible. Y compris la victoire d’une orientation clairement anti-libérale à gauche et en France.
C’est pourquoi le 29 mai doit être pris comme un acte fondateur. C’est la démonstration vivante qu’une gauche anti-libérale n’est pas condamnée au témoignage et qu’elle peut battre électoralement la droite. C’est le fanal qui donne énergie et courage, qui indique un chemin. C’est dans cette mémoire collective partagée par des millions de citoyens que se chercheront pendant longtemps les leçons pour avancer.
Est-il possible de refaire en 2007 ce qui s’est passé le 29 mai 2005 ?
Pour l’heure, le débat porte surtout sur les candidatures.
Au sein du PS, un Congrès anticipé a été convoqué pour novembre afin de barrer la route au seul candidat socialiste qui a pris position pour le " non ", après l’avoir exclu de la direction. Si la direction Hollande y parvient, elle aura pris le risque de la défaite en 2007. Car qui peut croire que les électeurs de gauche se rassembleront efficacement au deuxième tour sur un candidat issu du " oui " ?
C’est ce qui a amené un certain nombre d’entre nous à rédiger une motion commune avec Laurent Fabius. Bien sûr, Laurent Fabius n’est pas la personnalité a priori la mieux placée pour réaliser l’union des gauches. Mais c’est le seul candidat socialiste issu du " non ", qui a de surcroît fait campagne publiquement. A l’époque, chacun, LCR comprise, s’accordait à trouver son intervention utile. C’est pourquoi les comportements et les propos qui visent à exclure Laurent Fabius du camp des vainqueurs du " non " conduisent en définitive à renvoyer le " non " de gauche dans une logique minoritaire. Ils sont saisis comme autant de coups de pouce par la majorité socialiste qui fait des gorges chaudes en répétant qu’il n’y a que des coups à prendre à " courir après l’extrême-gauche ". Bien sûr, chacun a le droit d’estimer que Laurent Fabius n’est pas représentatif du " non " de gauche et promouvoir en conséquence d’autres candidats. Mais faut-il aller jusqu’à souhaiter que le PS présente un candidat le plus à droite possible pour élargir l’espace électoral de la gauche radicale ?
Si le Congrès du PS se traduit par l’élimination de Fabius, la seule chance de voir un tenant du " non " de gauche gagner la présidentielle serait de présenter un candidat commun de la gauche du " non ". Force est de constater là encore que ce n’est pas le scénario qui se prépare aujourd’hui.
En revanche, le débat porte étonnamment peu sur la question du programme.
L’élaboration d’un programme commun serait pourtant la seule manière de réaliser l’union des gauches sur un contenu clair, négocié, élaboré en lien avec la mobilisation populaire, qui contribuerait ensuite à la réussite et au contrôle de l’action gouvernementale. Ce serait au passage une réponse aux inquiétudes exprimées par les dirigeants de la LCR : gouverner, oui, mais sur quelle base ? Ce serait en outre un moyen extraordinaire de politisation du peuple de gauche. C’est enfin la seule méthode qui peut déboucher sur l’adoption d’une orientation réellement alternative.
Malheureusement, l’union se heurte à bien des pesanteurs. Les parcours des uns et des autres ne sont pas les seuls obstacles. Il faut y ajouter les routines et les intérêts d’organisation. De plus, la gauche du " non " n’est pas habituée aux victoires. Dans un meeting du " non " à Antibes, Gilbert Wasserman reconnaissait d’ailleurs que la plupart des personnes à la tribune étaient un peu démunies car elles n’avaient pas l’habitude des campagnes victorieuses. Une défaite en 2007 aurait au moins le goût rassurant de l’habitude, évitant de nouveaux défis et remises en cause.
Prolonger le 29 mai dans un programme commun, préparé avec tous ceux qui ont fait la victoire du " non ", sans exclusives, pour rassembler ensuite au-delà, ce serait la meilleure manière de saisir les opportunités ouvertes par le référendum. Comment s’engager dans cette voie ? Permettez de faire remarquer que, cette fois, c’est nous les minoritaires. En effet, nous ne dirigeons pas de parti.
Nous nous tournons donc vers les dirigeants des partis politiques constitués pour leur demander : qu’allez-vous faire de notre victoire ?