Non au tout répressif, non au tout préventif : pour une politique républicaine dans les banlieues populaires,

Publié le par PRS

On peut reconnaître à Ségolène Royal le mérite d'avoir relancé un débat qui n'a jamais été conclu, tant les invectives, les mises à l'index, les fatwas des uns et des autres l’ont obscurci. D'autant que ce débat est souvent le théâtre d’un certain terrorisme intellectuel : on disqualifie d’emblée l’adversaire en lui lançant des anathèmes, et on ne répond finalement pas au problème posé. Que les spécialistes du terrorisme intellectuel se rassurent, ils ne gagneront jamais la confiance du peuple en faisant le choix de l'idéologie contre la raison. Le peuple fera toujours ressurgir, au moment qu'il aura choisi -pas toujours de la meilleure façon d'ailleurs- la problématique du débat qu'il faudra bien un jour résoudre.
Tout d’abord, écartons d’un trait de plume cette simplification qui consiste à vouloir trancher en deux camps selon une typologie obscurcissante : les gentils laxistes et les méchants autoritaires ou vice-versa. Pris comme cela, la problématique ne peut pas se résoudre tant le tout répressif et le tout préventif sont extérieurs au champ de résolution des problèmes posés.

Pour lancer le débat, notons que le droit à la sûreté est un droit qui figure à l’article 2 de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789. J’affirme ici que c’est un bon point de départ : oui, tout homme, toute femme, en tout lieu et à toute heure du jour et de la nuit, a droit à la sûreté dans l’exercice de sa vie personnelle, familiale, sociale, professionnelle, politique.
Toute politique alternative au désordre néolibéral et communautariste passe par le droit de chacun d’entre nous de ne pas être terrorisé par des bandes tyranniques. Mais toute politique alternative au désordre néolibéral et communautariste passe également par le droit à un avenir pour tout jeune et notamment dans les banlieues populaires. On ne peut mettre en avant la tranquillité nécessaire de tous les citoyens et de leurs familles que si on assure en même temps un avenir à tous et toutes sans exception par une école laïque et républicaine (ce qui n’est pas le cas aujourd’hui), par une politique de l’emploi qui éradique le chômage et la précarité, grâce à tous les services publics de proximité nécessaires (poste, commissariat de police, centres de santé, centres de loisirs et de convivialité, centres sportifs, planning familial, centres sociaux, service public de la petite enfance, service public pour personnes âgées et dépendantes, centres culturels avec cinéma, théâtre, musique, etc.).
Mais nous devons être également capables d’expliciter les causes de la délinquance et d’agir pour supprimer ces causes et non vouloir agir uniquement sur les conséquences. Nous devons avoir le courage de dire que pour résoudre la problématique des banlieues populaires, il faut lier une politique de sanction contre les délinquants à une politique sociale vigoureuse et massive, ce qui n'a jamais été fait. De ce point de vue, les laïques et les républicains de gauche et d’extrême gauche ne peuvent que s’opposer à la politique néolibérale et bonapartiste de Sarkozy qui néglige, et c’est un euphémisme, les causes sociales de la délinquance. Dans son livre, il professe que ce qui manque aux délinquants, c’est l’ordre religieux, et qu’avec le communautarisme ethnique et religieux, le problème sera résolu ! Il faut donc nous opposer à la politique de Sarkozy.

Les laïques et les républicains de gauche et d’extrême gauche ne peuvent que s’opposer aux propositions social-libérales (Il suffit de lire l'interview qu'elle vient de faire au journal les Echos pour voir qu'elle continue de promouvoir comme Tony Blair la précarité pour lutter contre le chômage) et social-autoritaires de Ségolène Royal qui confond ordre moral et ordre social. L’ordre moral de Ségolène Royal que nous avons vu à l’œuvre chez elle (débat sur la pédophilie, affaire Bernard Hanse, homoparentalité, égalité hommes-femmes, etc.) provient de ses dogmes culturels (liés à la doctrine sociale de l’église dans sa version de gauche) qui l’amènent à vouloir pour chacun le bien tel qu’elle le conçoit, elle, et cela sans discussion possible. De plus dans sa proposition récente, elle propose de sous-traiter à l’armée les grands délinquants. A-t-elle mesuré les conséquences de sa proposition ? Une chose est un service militaire ou national pour tous et toutes, autre chose est d’utiliser l’armée uniquement pour une partie de la population fusse-t-elle délinquante ! L’armée n’a pas, en elle-même, de vocation sociale. Si elle a pu en avoir, c’est pour des raisons extérieures à elle et contingentes –par exemple, l’organisation du service militaire, qui permettait le brassage de toute une classe d’âge. L’armée a une vocation de défense. Vouloir que les militaires éduquent est aussi absurde que vouloir que les flics jouent les assistantes sociales, et que les enseignants se transforment en infirmières ou en psychologues. Cette confusion des genres n’est pas totalement étrangère à la montée de la violence –je pense à l’école, en particulier, où le professeur, dont l’autorité n’était justifiée que par sa capacité à transmettre les savoirs de l’Encyclopédie, s’est vu sommé -par la gauche de gouvernement- de se convertir en bonne sœur. Pire, elle propose d'enlever les allocations familiales à toute la famille si un enfant commet un délit. Sanctionner une famille pour la faute d'un enfant est un scandale pour un laïque et un républicain de gauche ou d'extrême gauche! La sanction doit porter sur l'auteur du délit et sur lui seul et doit être proportionnée à la faute et à l'âge du délinquant mais en pouvant aller jusqu'à l'interdiction temporaire de d'aller sur son lieu de vie habituel. La sanction, à condition qu'elle touche uniquement ceux qui ont réalisé des délits, a au moins pour vertu d’échapper à l’extension infinie du paradigme pédagogique, selon lequel il faut éduquer tout le monde, et tout le temps, y compris contre leur gré (si le peuple vote mal, c’est parce qu’on n’a pas été assez « pédagogique » ; si les parents éduquent mal, c’est parce qu’ils ont été mal éduqués à leur rôle de parents, etc.) Le paradigme pédagogique a, dans la doxa actuelle, de très nombreux avatars qui détourne la pédagogie nécessaire de son objet pour en faire une fin en soi tyrannique.
L’ordre social républicain par contre, c’est le respect des droits et des principes d’une part et la résolution juste et débattue démocratiquement des problématiques d’autre part, résolution qui suppose que l’on travaille aussi sur les causes.
Pour cela, nous devons nous montrer fermes face à cette dérive sociale-libérale et sociale-autoritaire produite par Ségolène Royal et le lobby militaro-industriel français. L'incapacité de Ségolène Royal de penser l'économie et les droits sociaux autrement que dans le social-libéralisme et la précarité du travail la disqualifie tant la résolution des problèmes dans les banlieues populaires demande de mener de concert le respect des règles de vie commune et la rupture en matière économique et de droits sociaux.
L’ordre social républicain, n'en déplaise à Ségolène Royal, ne peut pas s’appliquer à l’intérieur du turbocapitalisme qui organise le communautarisme social en même temps que le communautarisme ethnique et religieux. Il faut donc rompre avec ce système qui produit de la pauvreté et l’augmentation des inégalités sociales.

Les laïques et les républicains de gauche et d’extrême gauche ne peuvent que s’opposer aux délires compassionnels du communautarisme de gauche et d’extrême gauche pour lequel tout délinquant est soit un révolutionnaire auquel on doit soutien inconditionnel soit un être sans responsabilités que l’on traitera de façon charitable, à partir d’une bonne conscience conformiste (au lieu de mettre en œuvre la solidarité laïque et républicaine), comme le veut la doctrine sociale de l’église (dans sa version d’extrême gauche !).
On pourrait facilement montrer que cette déviance promeut soit le laisser -faire intégral dans le ghetto et la tyrannie pour les habitants du ghetto soit une société de conformation et de contrôle (Big brother) par intériorisation de la loi(chacun est son propre tyran!) alors qu'un régime de liberté républicaine doit produire une loi qui est extérieure aux individus. C'est pour cela que la sanction d'un délinquant si elle est proportionnée au délit permet de faire limite à la toute puissance de la pulsion et permet ainsi au jeune de rencontrer le principe de réalité.
Cette déviance gauchiste s’appuie aussi sur un révisionnisme qui estime que la force propulsive de la transformation sociale est l’alliance entre les couches moyennes radicalisées et le lumpenprolétariat désocialisé. La position laïque de la république sociale est plutôt de s’appuyer sur une alliance entre les couches moyennes, LES COUCHES POPULAIRES et le lumpenprolétariat. C’est pour cela que les laïques de la république sociale ne peuvent admettre comme légitime la violence au sein du peuple. La violence contre l’oppression et l’exploitation peut être légitime mais jamais la violence au sein du peuple. C’est pour cela que nous, laïques de la république sociale, ne pouvons accepter comme légitime les destructions de services publics ou de biens appartenant aux couches populaires.

On ne résout pas une déviance en utilisant une autre déviance qui ne résout pas la problématique donnée. Ce débat entre les 3 déviances (celle de Sarkozy, celle de Royal, celle des gauchistes communautaristes de la compassion) est une impasse. La politique, ce n’est pas comme un match de catch où on se fait plaisir en s’opposant à des ennemis fantasmés et imaginaires. Il faut une gauche de rupture pour répondre aux véritables exigences.
C’est d’une révolution culturelle laïque et républicaine dont nous avons besoin.
Ayons le courage de penser cette gauche de rupture.
Oui, il faut la sûreté des citoyens et de leurs familles et donc il faut donc un appareil répressif. Mais en son sein, la police doit être au service des citoyens et de leurs familles et non au service d'une oligarchie contre le peuple.
Mais la priorité de toute gauche de rupture reste la résolution des problèmes des citoyens et de leurs familles à savoir l’emploi pour tous et toutes et l’opposabilité des droits à la protection sociale, aux services publics, au logement, à la culture, aux loisirs.
Lier le combat laïque et républicain et le combat social, voilà le chemin de l'alternative !

de Bernard TEPER dans Respublica n° 448

La REPUBLIQUE SOCIALE , pas un slogan, un PROJET GLOBAL pour une SOCIETE SOLIDAIRE et FRATERNELLE 

Publicité

Publié dans PRS

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article