Discours de Jean-Luc MELENCHON au congrès des socialistes partie 2/3
........Pour cela, bien sûr, ils prennent par le bout qui leur semble le mieux faciliter la démonstration.
C’est pourquoi je crois aussi là parler en notre nom à tous, en disant à José Bové : " ami, il y a ici beaucoup de gens qui ne t’approuvent pas, et il y en a d’autres qui t’approuvent. Mais tu n’as pas à craindre de m’avoir appelé pour que la question soit posée au congrès du Parti. Il n’y a pas un socialiste qui soit d’accord pour que tu ailles en prison parce que tu as défendu par ton action syndicale ce que tu crois juste. "
Enfin, ce qui est pire que tout dans ce contexte, c’est de les voir se dandiner avec le mot République. Ils rétablissent l’ordre, et ils rajoutent " Républicain ". On ne parle de République que dans le bruit des mousquetons et le vacarme des escadrons. Mais enfin ! L’ordre républicain est incompatible avec le désordre libéral ! La République est l’extension du champ de l’égalité. Si vous voulez rétablir l’ordre républicain, détruisez le désordre libéral.
S’il y a eu quelque chose de républicain pendant ces heures si dures dans ces banlieues dans lesquelles tant d’entre nous sont élus, où tant d’entre nous militent, s’il y a quelqu’un qu’il faut saluer, ce n’est pas seulement les pompiers, les policiers, les éducateurs, bien sûr qu’ils le méritent, les élus, cela va de soi, c’est le peuple lui-même qui est descendu dans ses rues et qui a refusé la guerre ethnique, la guerre raciale, la guerre religieuse à laquelle on le poussait. La ferveur républicaine du peuple français a été attestée par la façon dont, en définitive, la situation a tourné.
DE L’UNION DES GAUCHES A L’UNION POPULAIRE
Ce peuple, c’est notre point d’appui. J’en viens donc facilement à l’idée suivante : face à l’état d’urgence, plus que jamais, il est nécessaire que se construise une union des gauches. Naturellement, je parle de cette union politique entre des partis politiques. Nous en connaissons l’importance et je crois que nous la voulons tous. Elle doit être sans exclusive . Cela pour une raison : personne à gauche ne doit être émancipé d’avoir à répondre à la question de savoir ce qu’il fait des voix qu’il sollicite dans le peuple ; Les stérilise-t-il pour constater seulement l’accroissement de l’audience de telle ou telle théorie ? Ou bien pousse-t-il à ce qu’elle vienne s’adjoindre pour mener le grand combat de la gauche, pour changer la vie, c’est-à-dire pour gouverner ? Cette question, il faut la poser à tout le monde, y compris à l’extrême gauche.
L’union politique est une condition du combat social lui-même. Sans l’union, qui vient en quelque sorte tresser ensemble les fils des actions sociales, l’énergie se disperse, elle est perdue. Mais l’union aussi nous éduque, nous rééduque, nous transforme mutuellement. Mais ce n’est pas tout. L’union dont je parle doit nous permettre d’inventer quelque chose qui permette de faire venir du terrain la transformation sociale. On n’a pas assez mesuré ce que cela nous a coûté, en dépit de nos efforts, de ne pas avoir ce mouvement d’allers et retours entre l’action gouvernementale et l’action populaire. Le moment est donc venu d’imaginer cette nouvelle union populaire qui implique le peuple lui-même. Il en a montré l’extraordinaire capacité, dans son investissement intellectuel dans la compréhension et la discussion du traité constitutionnel, puis ensuite dans la manière magnifique avec laquelle il a protégé ses enfants dans les banlieues, pendant qu’il était provoqué de toutes les façons possibles par la droite. Il faut une nouvelle union populaire qui vienne du peuple, qui parle au peuple, qui éduque le peuple et qui permette au peuple d’éduquer ceux qui le gouvernent, c’est-à-dire qu’il faut gouverner autrement.