Discours de Jean-Luc MELENCHON au congrès des socialistes partie 1/3
Jean-Luc Mélenchon : Merci ! (Mouvements…) C’est bon, on s’est compris ! Quoi qu’il nous en coûte, je crois qu’il faut nous donner tout le temps une chance de se comprendre. Pour ma part, je m’en ferai un devoir. C’est mon treizième congrès socialiste mais je n’ai pas l’impression que ce soit le plus facile. Quand je suis arrivé, je ne savais pas sur quel ton j’entrerai dans ce congrès. Bien sur, on nous demande dès qu’on arrive : " Alors la synthèse…, vous la faites ou pas " Il faut le temps si ça doit se faire, non ? Un congrès, c’est à cuisson douce. Mais que dois-je faire cette fois-ci ?
J’ai vu comme tout le monde la délégation qui était devant la porte, et j’ai fait comme la plupart d’entre vous qui ne sommes pas d’ici : je suis allé toucher les mains et discuter un peu pour comprendre. Alors on s’est parlé. Et puis, je m’avance vers un gars de la CGT, il a mon âge. Je me dis : on va se comprendre. Je le regarde dans les yeux et je lui dis : " Alors qu’est-ce que je dois faire ici ? " Parce que je sais très bien en arrivant, que si on s’entend ici, on va dire : " Alors, tout ça pour ça ! ". Et si on sort et qu’on ne s’est pas entendu : " Décidément, vous ne comprenez rien ! " Qu’est-ce qu’il faut faire ? Et le gars me dit : " Sortez-nous quelque chose de là-dedans, sinon on est marrons ! " J’ai ma feuille de route, je ne barguigne* pas, j’ai compris.
L’ETAT D’URGENCE POLITIQUE
Car je sens d’instinct quelque chose dont je ne trouve pas toujours les mots. Quelque chose que dans notre texte nous avons appelé l’état d’urgence avant que cela devienne l’appellation d’une loi que vous connaissez. Ce quelque chose nous fait sentir que notre vieux et tumultueux pays est entré de nouveau dans une de ces ères de grandes turbulences qui sont les refrains de notre histoire.
Je parle de cet Etat d’urgence, celui que, par une phrase d’un français exécrable dont je suis le responsable, notre texte décrit comme étant celui où " tous les curseurs de crise entrent en zone rouge. ". C’est bien davantage que la loi de Sarkozy.
Cette loi d’urgence de Sarkozy, c’est d’abord une loi d’aubaine. Avons-nous besoin d’une seule preuve à ce sujet ? Alors, qu’on nous dise ce que vient faire comme réponse aux émeutes urbaines l’abaissement de l’apprentissage à 14 ans. Quel rapport ? Cela aggravera les choses ! Je crois que depuis cette tribune, je parle en notre nom à tous, quand je dis : si nous revenons, nous abolirons cette décision inique. En France, l’âge de la scolarité obligatoire, c’est 16 ans pour tous les jeunes et pas seulement pour certains. Cette loi c’est une loi de provocation. Moi, quand on me parle d’une loi de 1955, j’ai l’âge qui me permet de faire des comparaisons, et cela me permet de savoir que les lois d’exception, les lois d’urgence n’ont jamais rien réglé, nulle part ! C’est l’égoïsme social, c’est l’ethnicisation des conflits qui empêchent qu’on puisse vivre ensemble.
La droite a rompu toutes les digues idéologiques, c’est pourquoi aussi la situation est si grave. Car, ne nous y trompons pas, il en reste désormais quelque chose partout. Je ne vise pas seulement les injures qui ont été prononcées. Si ce n’était que des injures, on dirait : on voit bien comment à droite ils provoquent et entretiennent le désordre, pour ensuite apparaître comme ceux qui veulent le réparer. Du producteur au consommateur, en quelque sorte. Mais nous avons aussi entendu remettre en cause le Droit du sol à Mayotte, à La Réunion. Et bien, nous nous accrocherons becs et ongles pour défendre le droit du sol et le droit républicain à être libre et français, quand on a touché le sol de France. Honte aux fauteurs de haine qui, à la Réunion, proposent même des tests ADN pour vérifier la paternité des enfants qui ont été reconnus par des pères étrangers ! Car,voilà pourtant ce qu’ont osé proposer des élus UMP.
Tenons compte du fait que cette pression idéologique nous est d’abord destinée. Ils voudraient que nous reculions. Je l’ai vu l’autre jour au Sénat quand ce Garde des Sceaux nous disait s’agissant des violences et des incendies–: " On vous connaît la gauche ! Vous passez vite de la compréhension à l’approbation ! " Il espérait qu’on vienne aussitôt japper en cadence, pour dire " Pas nous ! Pas nous ! Réprimez ! Allez-y. "
Parce que nous, bien sûr, on ne peut pas être d’accord avec les violences, les voitures, les gymnases qui brûlent. On ne peut pas être d’accord. Qui peut l’être ? Mais ce qu’ils veulent, c’est que nous taisant sur un point, nous nous taisions sur tout. Qu’il n’y ai plus de parti pour porter la voix des humiliés et des discriminés. Et bien même face à la pire des violences, celle qui peut nous choquer le plus, souvenons-nous du message de Jean Jaurès, " la cruauté des rebelles est comme une marque des vieilles servitudes qu’ils ont endurées. " Souvenons-nous Gracus Baboeuf qui, le premier avait compris que pour que la République s’accomplisse, il fallait qu’elle soit le socialisme : " Les insurgés sont éduqués à la cruauté par leurs maîtres ". Ce qu’ils veulent, en fait, à droite, c’est criminaliser toute action populaire.