Leçons d’Amérique latine pour la gauche française 3/4

Publié le par JLM_JCV

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La réinvention de la gauche : des sources et des formes variées

Les partis politiques traditionnels étant littéralement balayés par le rejet populaire grandissant du libéralisme, les mouvements sociaux et les militants de gauche se sont retrouvés dans beaucoup de pays sans outil politique. Partout, ils ont été ainsi confrontés, comme au premiers temps du mouvement ouvrier, à la double nécessité de construire de nouvelles organisations politiques et de faire émerger des élites politiques totalement nouvelles du fait de la corruption généralisée des classes dirigeantes en place. D’un pays à l’autre, cette refondation intégrale de la gauche emprunte à différentes sources idéologiques :théologie de la libération, nationalisme, jacobinisme, marxisme, indigénisme en les combinant souvent les unes aux autres. Au plan pratique tous naissent de l’action populaire et leur point commun est le souci de maintenir le plus haut niveau possible d’implication et de mise en mouvement les secteurs les plus pauvres de la population.

Au Brésil, le PT, grand parti de la gauche embrasse tout le spectre idéologique de la gauche de la théologie de la libération, au trostkysme en passant par le réformisme. Il s’est construit sur des bases ouvrières solides et a toujours refusé d’être assimilé à la mouvance sociale-démocrate en refusant d’adhérer à l’Internationale socialiste.
Au Venezuela, le socialisme populaire du président Chavez incorpore les anciens mouvements communistes (notamment le Parti communiste) et d’extrême gauche et renouvelle le nationalisme bolivarien.
La Bolivie combine dans le MAS l’indigénisme lié à l’oppression séculaire des indiens majoritaires dans le pays et le syndicalisme ouvrier (mineurs) et paysan (cocalero). Le président Evo Morales est à l’image de ces deux sources du MAS.

Quand les nouvelles organisations de gauche se construisent, certains peuples se heurtent ensuite aussi au verrouillage institutionnel mis en place par les gouvernements en exercice, rendant parfois quasi impossible l’utilisation des voies démocratiques existantes pour arriver au pouvoir. C’est le cas en Colombie ou au Mexique où les élections sont officiellement démocratiques mais manipulées dans la réalité. Mais alors loin de démoraliser le mouvement d’émancipation, ces situations débouchent sur un élargissement de la base populaire et une démoralisation des élites urbaines qui laissent le champ libre à l’action spontanée du terrain. Au Mexique ce mouvement est devenu une insurrection larvée permanente. Nulle part l’énergie du mouvement civique ne s’est affaiblie après des revers de cette sorte. Ce signal parmi tant d’autres atteste du fait que la vague continentale est loin d’être retombée et qu’au contraire elle est dans sa phase ascendante.
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L’inclassable péruvien Ollanta Humala cherche aussi à combiner les sources traditionnelles du mouvement ouvrier à la revendication d’égalité pour les indigènes en lui donnant comme perspective globale la renaissance de la nation comme puissance d’émancipation.
En Uruguay, le Frente Amplio de Tabaré Vasquez expérimente un front cosmopolite de petites forces politiques et sociales qui ont réussi à entraîner la société par leur action conjointe et à former une majorité électorale.
En Argentine, la réinvention de la gauche est encore incertaine d’un point de vue classique puisqu’elle est aujourd’hui préfigurée par la bifurcation anti-libérale engagée par Nestor Kirchner à partir du vieux parti péroniste au passé national corporatiste sulfureux. Mais l’audace de son action gouvernementale le classe clairement dans le peloton de tête de la nouvelle vague des révolutions démocratiques en Amérique latine.
En Equateur, après 10 ans d’intenses mobilisations impulsées par les mouvements indigènes, c’est un économiste en rupture avec la classe dirigeante, Rafael Correa, qui a réussi à accéder à la présidence de la République sur une ligne politique implacable face aux firmes multinationales et aux ingérences étrangères. La gauche y reste toutefois encore très éclatée et désorganisée entre un mouvement indigène très autonome et de petites organisations de gauche issues de la radicalisation d’une partie des classes moyennes dont est issu le président Correa.

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La gauche colombienne expérimente enfin avec succès une stratégie de front antilibéral de type Linkspartei avec le Polo Democratico Alternativo qui rassemble tous les petits partis antilibéraux (communistes, trotskistes, socialistes en rupture) et qui est passé largement devant le Parti libéral (membre de l’IS) aux dernières présidentielles (2006) en obtenant 22% contre 12% pour les sociaux-démocrates au plus bas de leur histoire. La dynamique des antilibéraux ne parvient pas toutefois à mobiliser massivement la population qui reste terrorisée par le pouvoir conservateur et autoritaire d’Uribe (60% d’abstention aux élections).

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Quand les nouvelles organisations de gauche se construisent, certains peuples se heurtent ensuite aussi au verrouillage institutionnel mis en place par les gouvernements en exercice, rendant parfois quasi impossible l’utilisation des voies démocratiques existantes pour arriver au pouvoir. C’est le cas en Colombie ou au Mexique où les élections sont officiellement démocratiques mais manipulées dans la réalité. Mais alors loin de démoraliser le mouvement d’émancipation, ces situations débouchent sur un élargissement de la base populaire et une démoralisation des élites urbaines qui laissent le champ libre à l’action spontanée du terrain. Au Mexique ce mouvement est devenu une insurrection larvée permanente. Nulle part l’énergie du mouvement civique ne s’est affaiblie après des revers de cette sorte. Ce signal parmi tant d’autres atteste du fait que la vague continentale est loin d’être retombée et qu’au contraire elle est dans sa phase ascendante.
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Publié dans PRS

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