La République et l'ECOLE
Aujourd'hui, l'école est bien un des enjeux majeurs de l’affrontement entre les forces du capitalisme et les forces républicaines sociales de progrès. L'attaque de la droite au pouvoir est massive, au nom de sa conception de la liberté, de l’anti-étatisme, de la décentralisation, et porte sur les finalités mêmes de l’école. Il s'agit d'émietter le système éducatif républicain en structures de plus en plus autonomes et concurrentielles entre elles, de dénaturer ses fondements afin d'appliquer plus facilement les recettes libérales à l'instruction et à la formation de la jeunesse. Cela implique de réduire la mission du système éducatif à la transmission d'un savoir minimum dans des écoles différenciées, pensées avant tout, pour celles qui concernent les milieux populaires, comme des lieux de pacification pour des jeunes déjà fortement stigmatisés de par leurs origines sociales. Elle veut formaliser définitivement un système à plusieurs vitesses avec, d’un côté, des établissements destinés à une formation hautement qualifiée répondant à des besoins économiques précis et de l'autre des écoles de seconde zone.
L'offensive s'accompagne d'une intense campagne idéologique s’appuyant sur un diagnostic volontairement noirci pour désigner les présumés coupables : individualisme, permissivité et corporatisme syndical. Elle détourne la question de son objet (quelle ambition de formation pour la République ?), présentant toujours la formation comme une dépense publique et un coût insupportables. L'accès au savoir devient ainsi une charge, voire un supplément d'âme que la république n'aurait pas les moyens d'assumer. Or il s'agit d'un investissement incontournable, générateur d'efficacité sociale et économique, source de développement des richesses produites et d'économies face aux gâchis actuels. En éludant la question "qui finance cette grande ambition d'éducation et de formation?", on justifie par avance la privatisation et la marchandisation rampante du système éducatif. Or il s'agit bien de savoir, finalement, s'il doit y être consacré une part importante des richesses produites pour assurer le développement humain, ou si on accepte d'écarter une partie de la population des savoirs, des pouvoirs et de la maîtrise par chacun(e) de son destin.
Jean-Charles Vescovo - PRS 67 -