Europe : les raisons dune crise
LEurope plongée dans la crise ?
Cest la réalité que reflète la tenue dun Conseil européen (réunion des chefs dÉtat et de gouvernement) dominé par la dispute sur le budget de lUnion européenne.
Pourquoi cette crise ? Pour certains, la réponse est toute trouvée : cest la victoire du non en France et aux Pays-Bas !
Depuis, la France serait " affaiblie " et les Européens ne sentendraient plus
Cet argument est inadmissible et mensonger.
Inadmissible : une fois de plus, comme pendant la campagne du référendum, on tente de culpabiliser celles et ceux qui ont voté non. Si lEurope va de mal en pis, ce serait de leur faute et surtout pas de celle des dirigeants de lUnion et de ses États membres !
Mensonger : les problèmes budgétaires actuellement sur le devant de la scène ne sont pas apparus soudainement le 29 mai au soir ! Ils sont posés depuis des années et le dernier Conseil européen, il y a quelques mois les avait déjà abordés.
Ce nest pas parce que les Français ont voté non que lEurope va mal. Cest linverse : cest parce quelle va mal quelles et ils ont voté non.
LUnion européenne est malade de dizaines dannées de politiques de chômage et de bas salaires, de mise en concurrence des salariés et des peuples, de casse de lemploi stable, des droits sociaux et des services publics. Les conséquences sociales de ces politiques sont catastrophiques. Leurs conséquences économiques ne le sont pas moins. Ainsi, toutes les prévisions de croissance sont revues à la baisse dans la " zone euro ".
Or, tous les dirigeants européens sont daccord pour aller plus loin encore dans le même sens. Cest le sens de l" agenda de Lisbonne " (cest-à-dire le programme de lUnion européenne pour 2005-2010), des directives de régression sociale telle la directive Bolkestein et de tous les autres projets de privatisation, de déréglementation, de précarisation Tous sont des partisans acharnés du traité constitutionnel qui visait à rendre intangibles, pour une longue période, ces politiques libérales. Et tous ont décidé de ne pas augmenter le budget européen, ce qui revient à dire que lélargissement à 25 doit se traiter par le dumping social et non par la solidarité.
Contre lavis des 24 autres États membres, la Grande-Bretagne exige de voir diminuée sa contribution au budget européen de 5,1 milliards deuros, les deux tiers de ce quelle devrait verser ! Elle avait obtenu cette faveur en 1984, lorsquelle était moins " riche " que la moyenne des pays européens. Aujourdhui, elle est tout à la fois un des pays les plus développés de lUnion et lavocat le plus acharné de lultralibéralisme. Son exigence pousse à son terme la logique actuelle : sacrifions lagriculture européenne et les fonds de solidarité ; place à la guerre économique " libre et non faussée " !
Cest précisément ce qua refusé le peuple français par son vote au référendum, ce que contestent avec de plus en plus de force les peuples européens. Pour entrer en vigueur, le traité constitutionnel doit être ratifié par tous les États membres. Deux dentre eux ont dit non. Ce traité est donc rejeté.
Le verdict populaire doit être respecté. Le président de la République doit donc retirer la signature de la France et les instances européennes doivent déclarer ce traité caduc..Ce respect de la volonté des peuples implique, dans le même temps, des mesures précises prenant à contre-pied loffensive libérale en Europe. Les directives sur les services, le temps de travail, les transports ainsi que toutes les décisions imposant la mise en concurrence des services publics doivent être abandonnées. Des mesures de convergence sociales et fiscales permettant de lutter contre les délocalisations doivent être prises. Le statut et les missions de la Banque centrale européenne doivent être redéfinis pour la mettre au service de lemploi et du développement humain, et les principes du pacte de stabilité doivent être remis en cause.Pour soutenir ces exigences, nous proposons une pétition visant à recueillir un million de signatures.
Au-delà, la question posée est désormais celle de la construction dune autre Europe, sur dautres bases que celle de lEurope libérale. Ce sont les peuples européens qui mettent cette question à lordre du jour. Il faut leur donner les moyens de maîtriser cette nouvelle construction.
Les forces qui en Europe contestent le libéralisme sont nombreuses et diverses. Le débat doit sengager entre elles, pour leur permettre de trouver les voies dune convergence sur de grands axes de transformation de lUnion européenne et de contribuer ainsi à cette intervention des peuples européens. Une première conférence de travail, ouverte à toutes les forces politiques, syndicales, associatives, altermondialistes, féministes qui voudront sy associer se déroulera à Paris les 24 et 25 juin.
Ce processus de luttes et de débats doit se mener dans chaque pays, et bien sûr en France, avec les citoyennes et les citoyens. Le 29 mai, notre peuple a pris la parole. Il doit la garder. Cest tout le sens des initiatives du NON de gauche , avec toutes celles et tous ceux qui veulent faire uvre utile en ce sens.
d'un camarade communiste militant à PRS