Témoignage d'un communiste laïque
Chers amis,
Suite à l'article de Pierre Caspi dans le n° 333 "Indigènes communistes et antilaïques", voici quelques éléments de réflexions d'un communiste laïque.
Les indigents de la République et le Non au référendum
Je partage l'interrogation de Pierre Caspi sur la "perte de repères" du PCF, mais je considère que son adresse indirecte à Marie-George Buffet n'a que peu de chances de prospérer. Le PCF, longtemps "attaché aux principes républicains et à la laïcité" (incluse par son Congrès de 1993 parmi les "principes communistes", contre les attaques dont elle avait fait l'objet au cours du débat préalable), s'en est aujourd'hui détaché depuis la période de Robert Hue. Son opposition officielle à la loi interdisant les signes
religieux à l'école en est la preuve. Devant la commission parlementaire ad hoc, sa secrétaire nationale n'a pas hésité, en septembre 2003, à proposer de "réfléchir dans les espaces de concertation publique et de conseil que se donne la République" (notamment le Conseil économique et social, NDLA), "à la place donnée aux représentants des courants de pensée, des confessions religieuses" : on n'est pas loin du "dialogue ouvert, transparent et régulier avec l'Union européenne prévu par l'article I-52 de la Constitution européenne... sur lequel d'ailleurs le PCF reste très discret dans ses tracts en faveur du Non. Le même affaiblissement est perceptible en ce qui concerne la République elle-même, quoique de façon encore discrète.
Il n'en reste pas moins vrai qu'un certain nombre de Parlementaires communistes ont voté en faveur de la loi, et que, globalement, les sympathisants et adhérents du PCF, en particulier dans son ancienne
base ouvrière et chez les enseignants, ont une sensibilité laïque et républicaine indéniable : la parole a été, une fois de plus,confisquée par le sommet.En pratique, sur une question comme celle du Non au référendum européen, les républicains se retrouvent aux côtés de "cocommunautaristes" et "d'indigents de la République" : que faire ?
- D'abord être extrêmement vigilant : veiller, par exemple, à ce que
l'Appel des 200 de Copernic ne soit pas "expurgé" (on l'a tenté dans le Val-de-Marne) de ses deux mentions de la laïcité.
- Ensuite, ne pas perdre de vue que le "non de gauche" est par essence social, laïque et républicain : la contradiction est bien du côté des communautaristes !
- Enfin, exprimer à chaque occasion, notamment au sein des comités et initiatives plurielles qui se créent actuellement, la composante laïque de notre Non, sans oublier de rattacher le combat laïque au combat social. (J'en ai eu récemment l'occasion à Fontenay-Sous-Bois, devant 600 personnes, à la demande de ... Clémentine Autain, animatrice sans dérapage du débat quoique "indigène" citée par Pierre Caspi). Personne d'autre ne le fera à notre place, même les féministes étant divisé(e)s sur la question.
L'expérience montre que c'est le moyen le plus efficace pour faire taire les antilaïques.
Ces réflexions sont celles d'un communiste depuis 40 ans, désormais persuadé que, face à l'éclatement des repères et appareils traditionnels, il est urgent que se rassemblent pour l'action tous les citoyens de la gauche républicaine pour qui politique et valeurs laïques sont inséparables, au-delà des clivages circonstanciels, voire "historiques".
C'est la raison pour laquelle, en ce qui me concerne, j'ai choisi de travailler et militer au sein de PRS (Pour la République sociale).
Charles ARAMBOUROU