Pour le Troisième Camp

Publié le par ResPublica_Evariste

reproduction intégrale de la chronique d'Evariste parue dans ResPublica, le journal du réseau de la Gauche Républicaine,  n°463 du 18.08.06

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« La guerre est une affaire d’importance vitale pour l’Etat, c’est la province de la vie et de la mort, le chemin qui conduit à la survie ou à l’anéantissement. Il est indispensable de l’étudier à fond. »
Sun Tse, L’Art de la guerre.

Le déferlement de violence au Proche-Orient vient de trouver un répit.
Comment ne pas avoir ressenti un profond sentiment de dégoût devant les victimes, les destructions et les catastrophes écologiques et ainsi condamner sans appel la guerre ?
Mus par cette pensée généreuse, n'a t-on entendu jadis le Christ théoriser un pacifisme originel, disant, en faisant rengainer son arme à Pierre « Qui se servira de l'épée périra par l'épée ».
Pour autant, on ressent bien devant ce pacifisme bêlant, comme une sorte de méfiance, comme si cela cachait quelque chose.
L'alliance, quelques décennies après le dialogue entre le Christ et son disciple, du sabre et du goupillon a d'ailleurs bien prouvé non seulement l'hypocrisie de l'Eglise Catholique et des déclarations de son inspirateur mais aussi la perversité de ces propos qui laisseraient croire à une bonté naturelle de l'Homme et à une confiance dans une paix clef de voûte de l'humanité d'autant plus improbable qu'elle serait éternelle.
Pour dépasser cette fictive opposition apparente entre guerre et paix Saint Augustin au moyen âge inventa le concept de « guerre juste » au nom de laquelle les Princes seraient seuls légitimes à armer des bras pour peu qu'ils ait été bénit par l'Eglise.
La notion de guerre est donc indissociable de la notion l'Etat. C'est toujours des Etats belligérants qui conduisent la guerre ou qui alimentent les guerres « civiles » pour le contrôle de l'Etat.
La guerre apparaît donc un levier politique et comme l'a si bien formulé Clausewitz n'est que la continuation de la politique par d'autres moyens.
La bataille qui vient de se dérouler sous nos yeux ne déroge pas à cette analyse.
Le Liban d'août 2006 est une bataille dans une guerre qui a commencé depuis 1991.
Alors que la fin de la guerre froide, cette guerre bien mal nommée, avait laissé rêver certains animateurs de « Think Tank » d'outre atlantique à une fin de l'Histoire voyant les forces du capital occuper le monde et d'une main invisible mais bien rémunérée établir la paix des riches, c'est la quatrième guerre mondiale qui a été déclarée.
Le Sous-Commandant Marcos remarquait en 1997 : « Le néolibéralisme, comme système mondial, est une nouvelle guerre de conquête de territoires. La fin de la troisième guerre mondiale, ou guerre froide, ne signifie nullement que le monde ait surmonté la bipolarité et retrouvé la stabilité sous l’hégémonie du vainqueur. Car, s’il y a eu un vaincu (le camp dit socialiste), il est difficile de nommer le vainqueur. Les Etats-Unis ? L’Union européenne ? Le Japon ? Tous trois ? La défaite de l’« Empire du mal » ouvre de nouveaux marchés, dont la conquête provoque une nouvelle guerre mondiale, la quatrième. Dans cette nouvelle guerre, la politique, en tant que moteur de l’Etat-nation, n’existe plus. Elle sert seulement à gérer l’économie, et les hommes politiques ne sont plus que des gestionnaires d’entreprise. Les nouveaux maîtres du monde n’ont pas besoin de gouverner directement. Les gouvernements nationaux se chargent d’administrer les affaires pour leur compte. Le nouvel ordre, c’est l’unification du monde en un unique marché. Les Etats ne sont que des entreprises avec des gérants en guise de gouvernements, et les nouvelles alliances régionales ressemblent davantage à une fusion commerciale qu’à une fédération politique. ». (1)

Dès lors prendre partie sans retenue dans une bataille pour un camp ou un autre en ignorant le contexte géopolitique faisant fi de toute analyse et en prenant position de manière épidermique et compulsive c'est se placer au service d'une des bourgeoisies financière et des États qui défendent leurs intérêts.
Le spectacle donné par les « pacifistes » qui ont défilés cet été en France et en Navarre le confirme.
Que n'a t-on pas entendu lors des manifestations ? Il fallait mettre Israël au ban des Nations, qu' Israël était coupable de crimes de guerre, que les dirigeants israëliens étaient similaires aux nazis. Delanda Israelo ! Il faut détruire Israël !
Le Liban quant à lui méritait toute les attentions, sa « souveraineté » méritait d'être défendue, sa « résistance » légitime devait être soutenue.
Nos « pacifistes » partisans chez nous de la fin du service militaire et de l'abaissement du budget de l'armée n'en ont pas moins défilé sous la kalachnikov du hezbollah sous le cri de ralliement d'Allah Akbar, la destruction de l'Israël honni légitime pour eux quelques incohérences. Tout est bon pour détruire l'Etat juif même si il ne savent plus pourquoi.
Autrefois l'antisionisme de « gauche » avait une logique rationnelle. S'opposer au mouvement national juif au nom de l'Etat universel des travailleurs se comprenait. Comme s'opposer à Israël porte-avions de l'Empire américain au cours de la guerre froide était compréhensible. La logique d'affrontement bipolaire favorisait l'alignement caricatural.
Mais aujourd'hui vouloir mettre les juifs à la mer, se focaliser sur cet État, ses erreurs et ses horreurs en fermant les yeux sur les réalités souvent tout autant douloureuses d'autres parties du monde démontrent une inconsistance politique et ressortent d'autres mécanismes ayant plus traits à la psychanalyse qu'à la géopolitique.
Pendant l'attaque, certes vigoureuse et destructrice et parfois condamnable de l'armée israélienne, l'armée gouvernementale du Sri Lanka massacrait allégrement des Tamouls et les islamistes du Soudan achevait les chrétiens du Darfour sans que nos « pacifistes » sans émeuvent.
En se focalisant sur Israël nos « pacifistes » se sont mis au service du nationalisme iranien et de la géopolitique chiite car c'est de cela dont il s'agit.
Quelques jours avant les enlèvements des soldats israéliens sur leur territoire, la Corée du Nord cette dictature ubuesque faisait survoler au dessus du Japon, sept missiles dont le premier étage était fourni par l'Iran.
L'Iran qui joue depuis plusieurs mois avec la communauté internationale pour gagner du temps pour son programme d'enrichissement d'uranium faisait la veille de l'acte de guerre de sa créature Hezbollah en territoire israélien, l'étude d'une résolution de l'ONU visant à l'empêcher d'en produire.
L'Iran essaye donc du matériel militaire chez ses alliés, matériel qui pourrait un jour être fournis de composants lui permettant d'accroître sa puissance de frappe.
C'est un véritable Jeu de Go qui se joue au Moyen-Orient et le Proche-Orient n'en est que l'antichambre.
La véritable bataille, elle se mène en Asie centrale et elle a un fort goût de pétrole.
Depuis le début des années 90; le complexe militaro-industriel devenu prédominant aux États-Unis n'a de cesse de vouloir « libérer » l'accès et les routes aux ressources énergétiques des pays du sud de l'ex-URSS. De l'Afghanistan jusqu'aux Balkans toute la géostratégie américaine consiste à s'assurer le contrôle des rivages des mers chaudes (Caspienne, Mer Noire, Mer Méditerranée) et d'empêcher l'émergence d'une autre superpuissance (Russie en premier lieu).
Cette stratégie a d'ailleurs pour nom la stratégie du containement.
A la stratégie économique et d'accaparement pétrolier américain répond la stratégie économique et le nationalisme religieux de l'Iran. La Russie qui doit son redressement économique aux ventes de pétroles soutient de facto l'Iran lorsque les entreprises géopolitiques américaines deviennent trop grossières ( « révolutions » oranges en Ukraine ou en Géorgie). La Russie, qui vient d'être accusée par les États-Unis d'avoir fournie de la technologie militaire à l'Iran rétorque qu'elle s'interroge sur les motivations de l'envoi de l'agent américain Ben Laden au Tadjikistan2.
La quatrième guerre mondiale décrite par Marcos n'a rien à envier aux coups tordus de la guerre froide.
Et Israël là dedans ?
Israël dont la légitimité historique est bien supérieure à de multiples États fantoches issus de l'ère de la colonisation n'a ni la taille ni la viabilité pour jouer dans la cours des grands.
Israël est tourné sur sa mission qui consiste à accueillir les juifs du monde entier et pour cela fournir leur le cadre national protégé et sécurisé.
Reste à savoir qu'elle est la meilleure méthode pour protéger la population israélienne et visiblement la guerre lourde est inefficace.
C'est de la libération des territoires occupés et des colonies en oeuvrant à la création d'un État palestinien libre tel que les accords de Genève l'ont formalisé qu'une paix durable sera établie. La paix faut il le rappeler à nos « pacifistes » se construit avec ce qui l'a veulent vraiment pas avec les incendiaires.
Car se ranger sous la bannière du Hezbollah en prétendant comme dans un appel d'un député européen communiste français que les organisations militaires pourraient participer à la paix et à la démocratie est une escroquerie morale.
On ne fera pas la paix avec les islamistes chiites au service de l'Etat iranien, on ne fera pas la paix avec les islamistes du Hamas qui, il faudrait le rappeler à notre député, ont dans leur chartes la destruction du communisme et l'établissement d'Etats théocratiques.
Comprendre le monde et le contexte géopolitique, c'est refuser la posture qui consiste à considérer les ennemis de nos ennemis comme des amis c'est à dire tout ceux qui s'opposent aux États-Unis comme des alliés qui doivent être soutenus.
Etre conséquent politiquement c'est refuser la géostratégie américaine comme le nationalisme iranien et sa grande alliance chiite.
La Gauche, la Gauche républicaine doit combattre pour la paix, pour les peuples, pour un troisième camp.
Le camp des peuples, le camp de la paix se construit sur les réalités d'aujourd'hui par le refus des idéologies totalitaires qu'elles soient religieuses, ethnicistes, capitalistes.
Ce ne sont ni les intérêts militaro-pétroliers, ni les intérêts théocratiques qui doivent dominer le monde mais les principes de Liberté, d'Egalité, de Fraternité, de laïcité, de solidarité, de mixité, de sûreté et de développement durable qui doivent servir de boussole.
Le Troisième Camp se construit avec les démocrates laïques d'Iran, d'Irak et d'Israël avec nous aussi.
Rejoignez le Troisième Camp !

1 La quatrième guerre mondiale a commencé du Sous-Commandant Marcos in le Monde Diplomatique 1997
2 Pourquoi les Etats-Unis ont-ils "envoyé" Oussama ben Laden en Asie Centrale ? in Rian Novosti dépêche officielle du 21 juillet 2006

avec et pour la REPUBLIQUE SOCIALE

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