Résolution du Conseil national de PRS 3/3
Et maintenant ?
Des résistances vont sans nul doute s’exprimer au sein du Parti socialiste face au coup d’état blairiste qui le menace. Nous n’en connaissons ni l’ampleur, ni la forme, ni l’issue. Or cette question intéresse au plus haut point la gauche toute entière. La stratégie du pire n’est en effet pas la nôtre. Nous ne croyons pas que la victoire des blairistes au sein du PS français serait une bonne nouvelle apte à « ouvrir enfin les yeux des masses ». Elle entraînerait à l’inverse une dégradation profonde du rapport de forces qui laisserait désarmés des secteurs considérables de notre peuple. Elle serait un obstacle durable au rassemblement de la gauche qui nous ramènerait aux années 60, avec une droite installée durablement au pouvoir. C’est pourquoi les débats des prochains mois au sein du PS posent, derrière la confusion politique et la personnalisation des enjeux, des questions décisives pour l’avenir de la gauche. De même, tout doit être fait pour éviter que la gauche du « non » ne se replie sur une ligne sectaire qui la condamnerait à l’impuissance. Nous disions au débat de la campagne référendaire : « le « non » unit la gauche, le « oui » ne peut le faire ». C’est en prenant en charge l’intérêt général de la gauche et du pays, en affrontant Chirac et Raffarin, signataires du traité constitutionnel, que le « non » est devenu majoritaire dans l’électorat de gauche, électorat socialiste inclus, et a pris la tête du combat de notre peuple contre les politiques néolibérales. Si les tenants du « non » de gauche apparaissaient demain à l’inverse comme des ferments de division à gauche, plus intéressés par des règlements de compte avec le PS que par le combat contre la droite, plus soucieux de l’intérêt de leurs boutiques que de celui de notre peuple, il perdrait rapidement sa confiance et ruinerait l’immense espoir qu’il a suscité en son sein. La place singulière qu’occupe PRS dans la gauche française, véritable trait d’union entre toutes ses sensibilités, nous confère une responsabilité particulière dans le combat pour une union des gauches sans exclusive. Un an après, il ne peut être question de rejouer le 29 mai à l’identique. Le désaccord n’est plus entre ceux qui ont voté « oui » et ceux qui ont voté « non ». A gauche, il oppose deux attitudes. Il y a ceux qui pensent qu’il faut au plus vite refermer la parenthèse pour que la France « retrouve sa place » dans le courant dominant de la construction européenne. Il y a ceux qui veulent partir du « non » de la France pour remettre à plat les fondements de la construction européenne. Pour les uns, le « non » est une difficulté à dépasser. Pour les autres, c’est un point d’appui. Ce débat qui traverse la gauche française s’exprime aussi au niveau européen. Il commence par la reconnaissance du « non » français mais pose aussi la question d’une stratégie alternative pour sortir de la crise européenne et donner un prolongement européen et une issue progressiste à l’insurrection civique victorieuse qu’a menée notre peuple. C’est pourquoi nous défendons la perspective d’une Constituante européenne. C’est à nos yeux la seule manière de dépasser l’hypothèse d’une renégociation intergouvernementale qui se heurterait à nouveau aux causes qui ont conduit au précédent projet de Constitution : un rapport de forces dégradé, aggravé par le ralliement majoritaire au libéralisme de la sociale-démocratie européenne, une opacité qui interdit l’implication populaire et l’intervention citoyenne. Le référendum français a montré que les citoyens, en particulier ceux issus des classes populaires, pouvaient se réapproprier les questions européennes dès lors qu’il pouvait saisir l’instrument du bulletin de vote faire. Nous voulons impulser une même dynamique civique à l’échelle européenne. Enfin, la perspective de la Constituante s’inscrit dans un calendrier concret : l’élection de 2007 et la chance qui nous est offerte d’élire un président issu du « non » de gauche, la présidence française de l’Union en 2008 qui nous permettrait de mettre sur la table une telle proposition, l’élection européenne de 2009 qui pourrait donner lieu à un mandat constituant. Nous venons de faire un pas décisif dans la constitution d’un premier regroupement européen en faveur de la Constituante, puisque notre camarade Oskar Lafontaine, à l’issue d’une rencontre récente avec une délégation de PRS à Berlin, s’est déclaré publiquement favorable à une telle initiative. C’est un fait nouveau et essentiel. D’abord parce que nous trouvons là, à travers Oskar Lafontaine, l’indispensable partenaire allemand sans lequel aucune relance européenne ne serait crédible. Ensuite parce que ce partenaire n’est pas prisonnier de la grande coalition qui impuissante les sociaux-démocrates de ce pays. Enfin parce que sa personnalité donne à notre engagement pour la Constituante un fort retentissement dans toute l’Europe et permet d’amorcer un travail à bien plus grande échelle, une campagne d’opinion dans plusieurs pays de l’Union, Le combat électoral qui s’annonce ne se déroule pas en vase clos. Le moteur de la victoire et du changement à gauche, c’est la mobilisation motivée et éclairée de notre peuple. Or celle-ci s’enracine dans la lutte concrète et quotidienne contre la politique de la droite au pouvoir. C’est pourquoi nous ne devons pas séparer la bataille électorale du nécessaire réarmement populaire de notre peuple dans la lutte fondatrice contre la droite. L’ordre du jour de la rentrée parlementaire est d’ores et déjà chargé. On annonce notamment la scandaleuse privatisation de GDF, une énième loi sécuritaire sur la délinquance et une loi sur l’épargne salariale qui constitue un nouvel encouragement à la domination sans partage de la finance. Ces trois projets de loi soulèvent des questions fondamentales pour les partisans de la République sociale : le contrôle public des ressources naturelles, la défense du service public, la protection des libertés républicaines, l’émancipation sociale des travailleurs. La résistance à ces projets sera donc fondatrice quant au contenu de l’alternative à construire. PRS s’engagera sur ces questions en mettant les méthodes de l’éducation populaire au service du réarmement politique, culturel et moral de notre peuple. Des ateliers de lecture seront organisés dans tout le pays pour informer et éclairer nos concitoyens sur le contenu de ces lois. L’actualité politique amènera aussi bien d’autres questions : la mobilisation contre la loi CESEDA et les expulsions d’enfants sans papiers, la rentrée scolaire et les effets des 15000 suppressions de postes dans la fonction publique, le débat budgétaire et ses implications fiscales… Sur toutes ces questions, nous agirons avec un triple souci : éclairer et impliquer notre peuple, œuvrer pour le rassemblement des gauches sans exclusive, travailler à la construction d’une politique alternative pour 2007. La méthode de l’éducation populaire, la stratégie de l’union des gauches sans exclusive, le projet de la République sociale forment le triptyque que nous défendrons, en intensifiant notre campagne « la droite doit partir, la gauche doit s’unir ».
On peut résumer l’enjeu de la période qui va de mai 2005 à mai 2007 de la manière suivante : la France va-t-elle confirmer son statut d’exception européenne, renforcé par le « non » du 29 mai, qui fait de notre pays une véritable épine dans le pied des néolibéraux en raison de sa capacité de résistance à l’ordre dominant, ou va-t-elle s’engager sur la voie d’une normalisation qui l’amènerait à rejoindre le cours dominant chez ses voisins européens ? La France va-t-elle conserver sa singularité (un rapport de forces social moins dégradé, une gauche des ruptures plus influente, un Parti socialiste bien plus à gauche, la prévalence de la stratégie d’union de la gauche, la résistance institutionnelle et culturelle du fait républicain) ou va-t-elle s’aligner sur le modèle dominant de l’Union (une gauche divisée et majoritairement blairisée, des capacités de résistance sociale amoindries, une marchandisation généralisée de la société) ? Cette grande bataille se joue sur plusieurs fronts. Ceux-ci constituent autant de terrains d’action pour PRS. 