Une nouvelle Amérique du Sud est en train de voir le jour
L’Amérique du sud a longtemps été la chasse gardée des Etats-Unis, qui a travers le plan Condor élaboré dans les années 1970, visait à mettre et démettre les régimes selon leur bon vouloir, faisant du continent américain , un enjeu essentiel de la confrontation Est-Ouest.
La victoire d’Evo Morales à l’élection présidentielle bolivienne dimanche dernier, confirme un nouvel ordre géopolitique en Amérique latine, longtemps marqué par cette « mise sous tutelle » du puissant voisin nord-américain.
Après le maintien au pouvoir depuis près d’un demi siècle de Fidel Castro à Cuba, l’élection prometteuse en 2002 de Lula au Brésil - même si depuis, le changement progressiste annoncé tarde à venir -, celle Hugo Chavez au Venezuela, ainsi qu’au Chili avec l’élection promise à Michelle Bachelet, qui restaure d’une certaine façon la mémoire de Salvador Allende ; c’est un nouvel limes progressiste, qui est entrain de se mettre en place contrecarrant quelque peu les projets de libéralisation des marchés du continent latino-américain, pourtant établis de longue date à Washington.
Ce débordement par la gauche remet en cause ce qui semblait acquis par la stratégie nord-américaine visant à se doter sur l’ensemble du continent américain d’un hinterland économique et politique sûr.
L’ALENA et la ZLEA, tendant vers un marché commun des Amériques voulu déjà par Bush père, au début des années 1990, censées assurer la pérennité de son approvisionnement en réserves pétrolières, lui permettant d’assurer et de contrôler la gestion des flux migratoires et de juguler selon ses critères exclusifs les trafics, d’ouvrir des débouchés économiques et lui autorisant une production agricole sans menace de concurrence subventionnée, notamment eu égard aux subventions européennes qu’elle récuse pour les pays dit ACP semble désormais enterré…
Ce front altermondialiste, démontre, dans la poursuite du formidable engouement pour le contre sommet des Amériques, en novembre dernier, que l’ultralibéralisme de gouvernement prôné par les Etats-Unis, n’est pas si attrayant pour les populations qu’ils veulent bien le laisser entendre…
par Emmanuel Dupuy,
Secrétaire général de l’Institut Prospective et Sécurité en Europe (IPSE)
paru dans ResPublica nº 410
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