La normalisation stalinienne du PS va-t-elle commencer au détriment de Jean-Luc Mélenchon ?
La direction du Parti socialiste, à cinq semaines de son congrès, se distingue encore. Certains, dont PRS 67, ont pu se réjouir du texte signé en commun avec le PCF, la LCR et les Verts, le 4 octobre, pour soutenir les manifestations des travailleurs contre le gouvernement Villepin. D'autres ont pu s'interroger sur une interview de François Hollande, parue dans "Le Figaro" du 5 février, qui expliquait que le PS était prêt à réunir toute la gauche. Pourtant, ces bonnes paroles unitaires semblent s'arrêter aux portes de la rue Solférino.
On apprend dans les sérieux journal « Le Monde », daté du 5 octobre, que le sénateur de l'Essonne Jean-Luc Mélenchon est à nouveau victime de menaces de sanctions, le bougre aurait, cette fois, franchi la ligne blanche. Qu'a encore fait cet iconoclaste ? Enquête faite, il a commis en effet deux actes très graves. Le 3 octobre, à Marseille, il a, répondant à une invitation, fait une prise de parole, avec les talents de tribun qu'on lui connaît, devant mille marins de la SNCM ! Cris d'orfraie des énarques droitiers de la rue de Solférino, et de ceux de la Fédération des Bouches-du-Rhône, qui s'indignent de cet acte, estimant qu'il est contraire aux règlements internes du Parti socialiste. Faut-il préciser que les deux grosses fédérations du PS, le Nord Pas-de-Calais et les Bouches-du-Rhône, ont prêté allégeance à Hollande, et que ce sont souvent elles qui font les résultats des congrès, par le nombre de cartes, vraies ou fictives, qu'elles pèsent. Donc, il a osé aller soutenir les travailleurs en lutte, premier carton jaune pour Méluche. Mais le bougre ne s'est pas arrêté là.
Sitôt revenu sur Paris, le voilà qui s'installe, avec les militants de PRS, qui, rappelons le, ne sont pas tous membres du Parti socialiste, sur le bord des trottoirs parisiens, avec des banderolles appelant à faire respecter le "non" des électeurs. Si l'ensemble des manifestants ont applaudi l'initiative, et accueilli chaleureusement leurs initiateurs, le moins qu'on puisse dire est que la direction du PS tousse fortement, les plus énervés estimant que cette fois, il ne faut pas rater Méluche, surtout à quelques semaines du congrès ! Voilà ce que sont ces gens qui prétendent réunifier la gauche, et qui ne peuvent admettre de voir un socialiste se faire appalaudir par les travailleurs en lutte en Marseille, et, ce qui est le cas depuis plusieurs manifestations parisiennes, se faire féliciter de son courage politique par les manifestants, qui ne s'y trompent pas. Il est vrai que les Hollande, Guigou, Strauss-Kahn ou Aubry peuvent avoir des souvenirs amères de quelques manifestations ouvrières où ils furent fraichement accueillis, d'où leur possible jalousie face à leur camarade. Mais se faire applaudir par les salariés se mérite pour un socialiste, il faut être capable de montrer ses convictions, y compris quand sa direction se trompe, et ne s'appelle Mélenchon, Dolez ou Filoche qui veut.
Voilà une preuve supplémentaire de ce qui attend toute la gauche si la direction Hollande était malheureusement réélue au Mans. Dans ce cas, les partisans du "non de gauche" socialistes devront offrir d'autres perspectives à toute la gauche pour battre la droite que de se ranger sagement derrière les vainqueurs, et devoir voter pour un Strauss-Kahn, un Lang, voire un Jospin ou une Aubry en 2007
par Evariste, paru dans ResPublica n° 387