Faut que Jacquot tienne le coup

Publié le par ResP

CHRONIQUE D'EVARISTE, paru dans Respublica n° 378 et reproduit en intégralité avec l'autorisation de la rédaction

Allons bon ! On l'a échappé belle. Chirac a été hospitalisé, suite à un léger malaise, nous dit le communiqué officiel. Depuis le coup des bulletins de santé de Mitterrand, on a appris à se  méfier des médecins de l'Elysée, mais on nous annonce le Président de la République opérationnel dans quelques heures, croyons le. Car entre nous, imaginez que le malaise de Chirac nous l'ai mis dans l'état de Wojtyla lors de ses dernières années. Ou bien momifié comme Leonid Brejnev sur la fin. Ou bien gâteux comme Reagan. Imaginez donc qu'il ne soit plus en état de gouverner, et, qu'après l'intermède Poncelet, on doive voter en France pour désigner le futur monarque de la cinquième République. Vous imaginez ce bazar, à gauche comme à droite, à l'extrême gauche comme à l'extrême droite ?

Allez, commençons par les plus vilains, les fachos. Le Pen serait obligé de se représenter, parce que, bien que vieil homme malade, il demeure le seul capable d'unifier l'essentiel du FN et de l'extrême droite, minée par le conflit Gollnich-Marine Le Pen. De Villiers, tout réconforté par la place qu'il a prise lors de la bataille du TCE, lui disputerait le leader ship, s'appuyant sur le  rejet de tout projet européen, et sur sa critique radicale de l'islam, pour dépecer le parti de Le Pen, et affaiblir l'UMP. Bayrou ne pourrait pas ne pas y aller, pour essayer d'exister, tailler des  croupières au maximum à l'UMP, et se vendre au mieux au deuxième tour, selon son score. Reste Sarkozy, grandissime favori des médias, des patrons, des Etats-Unis, des sectes, des curés et des imams. Cela fait des sous. Il tient l'UMP, et désignera donc les investitures.
Autrement dit, il faudra être rudement courageux pour ne pas le soutenir. On voit mal Villepin exister face à une telle machine, la disparition politique de Chirac viendrait trop tôt pour lui.

Reste le plus croustillant, le PS ! D'abord, la majorité actuelle.  Vous imaginez, alors que le congrès du Mans n'a pas encore eu lieu, la foire d'empoigne là-dedans ? Les coups bas entre Strauss-Kahn, Aubry et Lang, voire Delanoë ? Kouchner ? Finalement, pour calmer tout le monde, et ne pas faire de jaloux, il faudrait qu'Hollande, fort de son mandat de premier secrétaire, y aille ! Ou bien rappeler le retraité de l'Ile de Ré ! Bref, comme en 2002, cela fait une mi-temps, et ce n'est pas présent au second tour !
Chez les Verts, n'en parlons pas ! Dix candidats au moins, des psychodrames en pagaille, un vote des militants désavoués par les faits et par les électeurs socialistes, et on se reprend Mamère ou un autre communautariste de la même espèce. Marie-George Buffet serait bien obligée d'y aller, ne fut-ce que pour couper l'herbe sous le pied de la bande à Braouzec, qui a décidé que José Bové était l'homme de la situation, et de la gauche altermondialiste.
Besancenot devrait faire de même, car il a les mêmes allumés que Buffet chez lui, la bande des Indigènes de la République ! Insensible à tout cela, Arlette serait candidate pour la sixième fois, en nous expliquant qu'il faut construire le parti révolutionnaire, comprenez adhérer à Lutte ouvrière, sinon rien n'est possible pour les masses !
Evidemment, papy Lambert ne pourrait laisser le Parti des Travailleurs absent d'un tel débat, et on ferait davantage connaissance de Daniel Gluckstein ou d'un autre style Marc Gauquelin (rien que des mecs, chez les lambertos !)

Le seul espoir à gauche résiderait, alors, dans un regroupement républicain allant de Mélenchon à Emmanuelli en passant par Zuccarelli et Chevènement, qui se regroupent derrière Fabius, et prennent leurs responsabilités pour offrir un vrai débouché à la gauche. Mais sont-ils prêt à cela, ou bien certains ne resteraient-ils pas au chaud dans la maison mère, à préserver les mandats ?

Tout cela pour dire que, hormis la dernière hypothèse, qui serait à creuser, les conditions pour la catastrophe du 21 avril sont plus que jamais réunies, à ce jour.
Donc, il faut deux choses. Que Chirac tienne le coup jusqu'au congrès du PS ! Et que Fabius et le camp du non virent la direction Hollande au Mans !
Si on m'avait dit que j'en serai réduit à proférer un jour de telles choses… Mais qui veut éviter Sarkozy s'en donne les moyens !

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