AVEC LES DIRECTIONS actuelles PS-VERTS, SARKOZY ET VILLEPIN PEUVENT DORMIR TRANQUILLES
A La Rochelle et à Grenoble, le PS et les Verts, qui se sont distingué dernièrement en appelant à voter oui, contre l'avis de la majorité de leurs électeurs, et surtout des ouvriers et des employés, organisaient, comme cela est la mode partout maintenant, leur université d'été.
Alors que Villepin, en difficulté sur le bradage des autoroutes au privé, et Sarkozy, multipliant les déclarations démagogiques à l'emporte-pièce, sont à la tête d'un gouvernement qui accentue la pression sociale sur le monde du travail (contrat nouvelle embauche), on pouvait attendre de ces universités qu'elles tracent des perspectives d'action pour offrir des débouchés politiques à la hauteur de la situation. On est, sans surprise, loin du compte. Dans les deux cas, c'est la marais des crocodiles qui règne, et une seule chose compte, pour les directions : survivre à tout prix, quitte à ce que la course à la présidentielle 2007 n'occulte tout le reste.
Côté socialiste, tout le monde a compris qu'Hollande devait mener la campagne pour sauver la direction du "oui" au prochain congrès, et s'effacer ensuite de la présidentielle. Donc, c'est à qui dégainera le premier. pour occuper le terrain. La souriante et sympathique Martine Aubry s'est arrangé pour que des fuites aient lieu au sein de la rédaction du journal "Le Monde", pour que sa candidature soit annoncée et commentée, quitte à la démentir. Dominique Strauss-Kahn, le ministre des finances de gauche préféré du Medef, mène une campagne de plus en plus visible pour expliquer que le meilleur candidat, c'est bien évidemment lui ! Jack Lang, toujours bronzé, et le cou enroulé d'une écharpe rose vif,
raconte, dans l'indifférence générale, que la popularité dont il bénéficie dans la jeunesse en fait le candidat idéal. Cela lui permet d'exister. Bertrand Delanoë jure que seul Paris l'intéresse, mais rêve tout haut d'être le recours idéal du Parti socialiste, si on fait appel à lui ! Quant au retraité de la politique, Lionel Jospin, l'écriture d'un livre devant massacrer son rival de toujours, Laurent Fabius, l'occupe pour le moment, et sa ridicule prestation pour le "oui" avant le 29 mai ne semble pas le décourager de postuler pour 2007 si on le supplie ! Ne parlons pas de Rocard, égal à lui-même, ni de Delors, qui devait quitter le PS si le oui l'emportait, ni de Guigou, qui elle devait abandonner la politique, ni de Pascal Lamy, leur gourou libéral-social, aujourd'hui à la tête de l'OMC, ils sont, eux aussi, dans le décor, comme ces idoles des classes populaires que sont les Moscovici , Dray et autres Ségolène.
Côté Verts, de plus en plus groupusculaires, on est dans le même topo. L'ineffable Mamère a envie de refaire une deuxième campagne, Dominique Voynet postule, elle aussi, de même que l'historique
Cochet. S'y ajoute un parfait inconnu, le sénateur Desessart, qui est le seul à avoir appelé à voter "non". On a bien le temps d'en voir d'autres, d'ici là, de Lipietz à Pocrain en passant par tous les sous-courants qui peuplent la nébuleuse verte.
Bref, les principaux responsables de la catastrophe du 21 avril 2002, ceux qui n'ont rien compris au vote populaire du 29 mai 2005, entendent postuler à nos suffrages pour barrer la route à la droite en 2007. Cela serait risible si cela n'était aussi dramatique. Heureusement qu'en face, la guerre Sarkozy-Villepin, arbitrée par Bayrou et de Villiers, risque de faire du grabuge, sans oublier les derniers soubresauts possibles de Chirac. Finalement, avec une telle gauche, les pires adversaires de la droite, c'est la droite elle-même, voire, hélas, la droite extrême !
A moins que, miraculeusement, la direction du Parti socialiste, avec des méthodes s'appuyant sur le clientélisme et le socialisme municipal, ne soit battue au Mans. Rocard et d'autres ont menacé, dans de telles circonstances, de quitter le PS. Qu'ils partent chez Bayrou, et qu'ils emmènent Martine, Dominique, Jack, Bertrand, Lionel et tous les autres, cela sera la meilleure chose qui pourrait arriver à la gauche, car cela offrirait enfin une perspective politique au tremblement de terre du 29 mai.
Jeanne Bourdillon, paru dans ResPublica n°376,