Un projet pour une gauche de gauche

Publié le par YS

Par Yves Salesse, membre du Collectif national pour un rassemblement antilibéral de gauche, auteur de Réformes et révolution (Agone, 2001) et du Manifeste pour une autre Europe (Félin, 2004).
Nous voulons ouvrir une nouvelle voie à gauche. Nous voulons que l'anti-libéralisme devienne majoritaire à gauche afin de devenir majoritaire dans le pays.

Nous avons surpris trois fois depuis la victoire du Non : en faisant vivre des centaines de collectifs unitaires dans le pays ; en adoptant un texte d'orientation qui affiche nos ambitions et notre stratégie ; en présentant un corps de propositions précises qui traduisent notre projet de transformation.

Nous ne cherchons pas une posture de surenchère et de témoignage. Nous voulons ouvrir une nouvelle voie à gauche. Nous voulons que l'anti-libéralisme devienne majoritaire à gauche afin de devenir majoritaire dans le pays. Beaucoup trouvent que ce ne n'est pas sérieux, que les rapports de force politiques sont fixés pour un moment. Nous ne le pensons pas. L'expérience combinée du 22 avril et du 29 mai rappelle que le vote des milieux populaires est décisif. On ne mobilisera pas le vote populaire en lui proposant une réédition de ce qu'a fait la gauche plurielle ou une politique plus tournée vers le centre. Une politique véritablement de gauche est la voie la plus sûre pour battre la droite et l'extrême-droite. Cela dit, si, lors des prochaines élections, nos candidats sont derrière ceux du PS, nous appellerons à voter pour ceux-ci. Et nous escomptons que le PS fasse de même si nous sommes devant lui.

Nous souhaitons aussi un débat sur les propositions. Je ne peux ici les détailler. Je me bornerai à en donner les idées fondamentales et quelques exemples.

1. Changer vite les conditions d'existence des classes populaires. Cela passe par des mesures salariales, contre la précarité, pour l'emploi (avec la création d'un nouveau statut du salariat), contre les discriminations. Cela passe par le développement d'activités utiles, notamment la défense des services publics et la création de nouveaux : habitat, petite enfance, personnes dépendantes, etc.

2. Ces mesures s'inscrivent dans un nouveau type de développement. Questions sociale et écologique sont étroitement liées dans notre projet et nos propositions. Cela se décline sur les économies et les nouvelles sources d'énergie, l'habitat, l'agriculture. Un nouveau type de développement c'est aussi la place déjà signalée attribuée aux services publics et, au delà, à l'appropriation sociale de secteurs stratégiques de l'économie. C'est aussi le développement de l'économie sociale et solidaire. C'est enfin se doter de moyens d'intervention dans le secteur privé traditionnel maintenu : intervention des salariés, intervention de commissions régionales de développement, politique du crédit.

3. Il faut une nouvelle république, démocratique et sociale. La Ve république est arrivée à un stade de décomposition avancé. Il faut prendre garde que la droite extrême ou l'extrême droite ne tire les marrons du feu. Cela exige à la fois de rompre avec le libéralisme, c'est-à-dire la dictature des firmes transnationales et des marchés financiers et de restaurer la souveraineté populaire. On ne peut réhabiliter la politique et se confronter aux forces économiques dominantes sans mobilisation populaire. Après des années de promesses non tenues, tous ceux dont la résidence dans notre pays est durable accéderont à la citoyenneté. Nous engagerons un processus constituant dans lequel nous défendrons notamment la réduction des pouvoirs du président de la République et la suppression de son élection au suffrage universel, l'affirmation du pouvoir de l'Assemblée nationale, assemblée législative unique élue à la proportionnelle.

4. Nous défendrons des orientations nouvelles immédiates pour l'Europe. Nous proposerons aussi le lancement d'un débat impliquant les peuples de tous ses Etats membres pour élaborer un nouveau texte fondateur, dégagé des principes néo-libéraux qui structurent les traités actuels. Dans ce qui sera inévitablement une confrontation, nous n'en resterons pas aux habituelles tractations diplomatiques. Nous agirons avec les mouvements qui, dans tous ces pays, refusent l'Europe libérale. Et, en tout état de cause, nous ne laisserons pas étouffer une politique de transformation sociale démocratiquement décidée dans notre pays.

5. En matière de politique internationale, notre fil conducteur sera la paix et la coopération. Nous refusons le « lien transatlantique privilégié » et la zone de libre échange euro-américaine proposée par la commission européenne. La politique de domination mondiale des Etats-Unis est dangereuse. Ni la France ni l'Europe ne doivent paraître associées ou complices. Nous romprons avec la « Françafrique ». Plus largement, l'avenir des pays du Sud n'est pas dans une illusoire insertion dans le marché mondial. Leur développement doit être tourné vers leurs propres besoins. Notre coopération les y aidera.

article lu  sur http://www.marianne2007.info
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Publié dans PRS

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