Immigration : je suis républicain, internationaliste et pour la régularisation de tous les sans-papiers
Dans le numéro 479 de RESPUBLICA, mon amie Mireille Popelin signe un texte intitulé "Immigration, vous avez dit immigration" déclare :
"Le nouvel internationaliste préfère les immigrés de fraîche date et sans papiers. Il affiche sa préférence "internationaliste" par haine, en fait de la Nation (qui a dit : " la nation, c'est de la m..." ?). Il souhaite la régularisation massive de tous les sans-papiers et refuse le moindre contrôle de l'immigration : puisque les marchandises circulent librement, les hommes aussi !"
A la lecture de cette phrase, on pourrait croire qu'il y a deux camps : d'un coté, il y aurait les internationalistes qui seraient pour la régularisation massive des sans papiers et contre le contrôle de l'immigration et de l'autre ceux qui aiment la nation et qui sont hostiles tant à la régularisation des sans-papiers et pour le contrôle de l'immigration.
Ceux qui accepteraient ce manichéisme s'interdirait ipso facto de construire une cohérence laïque et républicaine de gauche face à la cohérence néolibérale et néocommunautariste productrice des désordres actuels.
Je pense, au contraire de ce qui pourrait être une lecture du texte que j'incrimine ci-dessus, que la seule cohérence face à l'alliance destructrice du néolibéralisme et du néocommunautarisme qui combat la liberté, la laïcité, la solidarité et l'égalité, est une cohérence de la gauche laïque, républicaine de gauche, internationaliste et qui estime que l'Etat-nation est aujourd'hui le principal garant de ce qui existe de solidarité et de démocratie. C'est pour cela que je ne partage pas la position du texte de Mireille Popelin.
Il est d'une importance capitale d'intégrer notre discours sur l'immigration dans une pensée globale lié au monde que nous voulons construire.
Car les politiques de l'immigration et de la nationalité sont directement liées au modèle politique que nous voulons construire. Il faut donc lier ces politiques dans une politique globale et ne pas céder aux impulsions particulières. Parralèlement, il faut interroger le modèle républicain dont on a pu voir qu'il a été appliqué que très rarement. C'est pour cela qu'il faut constamment séparer les républiques instituées (la 5 ème république, la république islamique d'Iran, etc.) du processus républicain.
Pour Jean Jaurès, le socialisme était la République poussée jusqu'au bout
. Il appelait ses partisans à s'opposer à ceux qui se réclamaient de la République mais voulaient arrêter le processus, voire le faire régresser. C'est cette conduite qui doit être la nôtre, nous qui voulons pousser la république jusqu'au bout en rassemblant les laïques et les républicains de gauche et d'extrême gauche. Nous devons aujourd'hui, encore plus qu'hier, "pousser la république laïque et sociale jusqu'au bout" dans une logique internationaliste et ne pas céder un pouce à ceux qui veulent figer la république sur des fondamentaux obsolètes. Nous devons intégrer nos propositions sur l'immigration et la nationalité dans le cadre d'une 6ème république à construire dans une perspective internationaliste car aujourd'hui nous devons penser l'Etat-nation dans son interaction avec une vision républicaine internationaliste.
POURQUOI IL FAUT OBLIGATOIREMENT REGULARISER TOUS LES SANS-PAPIERS ET MENER UNE POLITIQUE RESTRICTIVE DE L'IMMIGRATION?
L'une des conséquences du turbocapitalisme est d'organiser la concurrence sauvage des systèmes de protection sociale en vue de les privatiser et de les harmoniser par le bas. C'est la principale attaque contre l'humanité. Si nous ne réagissons pas contre cela, nous ne sommes pas à la hauteur de l'enjeu. Il est donc impératif pour engager la résistance au turbocapitalisme et au néocommunautarisme de combattre avec efficacité toutes les concurrences entre systèmes de protection sociale.
Le turbocapitalisme utilise trois logiques pour détruire et harmoniser par le bas les sysytèmes de protection sociale:
le travail au noir de plus en plus massif
le libre-échange de la force de travail
l'instauration du chômage massif comme "armée industrielle de réserve"(Karl Marx)
COMBATTRE LE TRAVAIL AU NOIR
Aucun gouvernement néolibéral ou social-libéral n'a combattu sérieusement le travail au noir depuis la décision de Valéry Giscard d'Estaing en juillet 1974 d'en augmenter le nombre par l'arrêt de l'immigration et la "tolérance" des sans-papiers.
Le travail au noir est une cinquième colonne visant à détruire le système de protection sociale de l'intérieur pendant que la concurrence entre travailleurs du monde entier vise à le détruire de l'extérieur.
Il convient donc d'être conscient que sans l'éradication du travail au noir, notre système de protection sociale est fragile. Et tous les syndicats démocratiques de policiers vous diront qu'un pays démocratique ne peut pas expulser plus de quelques milliers de personnes par an. Aujourd'hui,il y a des centaines de milliers de travailleurs au noir en France et le turbocapitalisme utilise les sans-papiers pour ce travail au noir.Comme personne d'entre nous ne rêve d'une fascisation de la France pour expulser ces centaines de milliers de travailleurs au noir,IL FAUT REGULARISER TOUS LES SANS-PAPIERS pour éradiquer le travail au noir .Parralèlement ,il faudra rendre indépendant le corps d'inspecteurs du travail pour sanctionner encore plus durement qu'aujourd'hui les employeurs des travailleurs au noir.
COMBATTRE TOUS LES QUATRE LIBRES-ECHANGES
Mais le turbocapitalisme utilise le principe du libre-échange comme moyen de détruire toutes les solidarités. Nous devons donc combattre le libre-échange comme étant consubstanciel au turbocapitalisme. Il faut donc combattre les quatre types de libre-échange : celles des capitaux, celles des services, celles des produits agricoles et manufacturés, celle de la force de travail.
Et donc, il FAUT AUSSI DIRE QU'ENSUITE NOUS ADOPTERONS UNE POLITIQUE RESTRICTIVE EN MATIERE D'IMMIGRATION tout en favorisant une NATURALISATION MASSIVE DE CEUX QUI LE DEMANDENT.Nous devons donc être d'accord sur le droit de circulation des personnes mais pas sur le droit d'installation (et donc de travail) pour tous les habitants de la planète. Nous devons sur ce point, résister à la dictature compassionnelle des néocommunautaristes qui s'alimentent des théories du Bloc des Indigènes qui défendent en fait le communautarisme anglo-saxon en lieu et place du processus républicain avec droits universels.
IL N'Y A PLUS DE COMBAT REPUBLICAIN QUI NE SOIT PAS INTERNATIONALISTE
Par ailleurs, notre combat laïque et républicain est un combat internationaliste.Laissons les souverainistes croire a une politique hexagonale nationaliste.
Nous devons donc créer les solidarités et les propositions pour harmoniser par le haut tous les systèmes de protection sociale du monde et proposer un mode de développement des pays du Sud qui nous entraîne vers une marche de l 'égalité dans le monde en lieu et place du système d'augmentation des inégalités sociales que nous voyons aujourd'hui. Nous ne devons pas nous satisfaire de la destruction des systèmes de protection sociale dans les pays du Sud (moins de 58% de médecins au Cameroun par exemple mais avec une médecine humanitaire et compassionnelle envoyée du Nord qui bien sûr ne remplace pas les médecins manquants).
Pour cela, il convient d'opposer au libre-échange, un néo-protectionnisme altruiste ,social et écologique. Contrairement aux protectionnismes de droite, d'extrême droite et de la gauche socio-libérale qui taxaient sur les différences de prix et dont les pays riches gardaient le produit de ces taxes dans leur budget, notre néo-protectionnisme est révolutionnaire ,social et écologique. Il s'agit de taxer les produits entrants uniquement en fonction du différentiel de protection sociale et écologique entre le pays exportateur et le pays importateur. Le produit de la taxe serait versé via un organisme international à construire sous l'égide de l'ONU pour financer les systèmes de protection sociale et écologique du pays exportateur.Si l'écart baisse entre les systèmes de protection, les montants des taxes baisseront en proportion. Par contre, il y a libre-échange entre les pays à protection sociale et écologique équivalent. Ce système devra fonctionner aussi bien dans les échanges avec les pays non européens que dans les échanges intra-européens. Pour l'Europe, il faut concevoir deux cercles de pays dont le critère de séparation est uniquement le degré de protection sociale et écologique.
Par ailleurs, il convient de doubler immédiatement l'aide aux pays en voie de développement, notamment des pays africains et méditerranéens. Puis de tripler cet aide au cours d'un processus quinquennal. Le produit de cet aide ira principalement au financement des systèmes de protection sociale et écologique dans les pays du Sud. Cette aide ne doit pas alimenter les bourgeoisies compradores et les dictatures existantes et être contrôlée par des instances nationales, européennes et internationales. Une partie de cette aide devra aussi développer l'économie du pays notamment ce qui peut être déclaré comme des déterminants de la santé (politique de plein emploi,services publics, transformation des matières premières sur place, hygiène, droits des femmes, etc).
D'une façon générale, le grand intérêt du débat autour de cette proposition est qu'elle permet de lier le combat pour l'émancipation du monde par des principes laïques et républicains dans un cadre internationaliste renouvelée. Cela tranche avec les idiots utiles des dirigeants du turbocapitalisme que l'on trouve chez les néocommunautaristes de gauche et d'extrême gauche qui ont repris la doctrine sociale de l'Eglise pour remplacer l'internationalisme laïque et républicain qui seul peut émanciper toute l'humanité.
Par Bernard Teper, membre de PRS et de l'UFAL, article paru dans Respublica n°480
pour PRS
pour vous aussi ?.....alors rejoignez PRS et adhérer à l'association par internet sur le site http://www.pourlarepubliquesociale.com/