Les enjeux républicains de la prochaine bataille du gaz
Dans quelques jours, la représentation nationale va devoir se prononcer sur la privatisation de Gaz de France. Le but : permettre à l’entreprise nationalisée de s'acoquiner avec Suez (ex Lyonnaise des Eaux), sur la proposition complice d’un gouvernement dont le poids lourd, Nicolas Sarkozy, est celui-là même qui avait assuré il y a deux ans aux représentants du peuple que GDF ne serait jamais privatisée…
Officiellement, c'est toujours la même rengaine pour justifier mensonges et revirements : l’opération doit enfanter d’une entité ayant une taille critique qui permettra de peser face aux nouveaux défis des marchés de l’énergie.
En réalité, ce n’est que la poursuite du processus de privatisation et de marchandisation des activités humaines, qui en arrive aux derniers socles, parmi lesquels figurent les services publics qui concernent les biens communs vitaux.
Nous devons prendre le temps de l’analyse afin de participer à l’édification d’un mouvement social capable de contrer l’opération (ce qui implique qu’il devra s’appuyer conjointement sur les forces syndicales, politiques et citoyennes).
Quelle est la situation du gaz ?
Les réserves mondiales sont estimées à une soixantaine d’années de consommation. Quelle que soit la précision de cette estimation, le délai est court. Par ailleurs, les réserves mondiales sont très mal réparties : la Russie et l’Iran en détiennent plus de 40% ! L’actualité nous montre quasi-quotidiennement que la Russie utilise cette richesse pour asseoir son redressement sur le plan international, en ayant fait de la société d’état Gazprom un élément clé de sa stratégie géopolitique. Récemment, elle s’est assurée l’hégémonie sur le marché gazier européen en passant un accord avec l’Iran pour construire un gazoduc qui assurera l’écoulement du gaz iranien vers le Pakistan et l’Inde (évitant ainsi toute concurrence), et avec l’Algérie pour former un cartel capable d’imposer ses tarifs. Or l’utilisation du gaz est aujourd’hui en plein essor, les réserves de pétroles étant encore plus réduites. Cela a d’ailleurs des conséquences environnementales majeures puisque que le gaz, comme les autres énergies fossiles, émet lors de sa combustion des gaz à effet de serre responsables de bouleversements climatiques rapides. Il convient à ce propos de préciser que les pays qui n’ont pas développé de programme nucléaire civile ou qui ont programmé la fin de celui-ci se retrouvent dans des situations qui seront de plus en plus difficiles à tenir.
En faisant un (gros) effort d’abstraction de toute considération politique, posons-nous la question suivante : qui pourrait bien vouloir acheter les actions d’une société dont l’activité s’éteindra d’ici quelques petites dizaines d’années, et dont les cours de matière première augmenterons irrémédiablement et exponentiellement, avec les répercussions tarifaires que cela implique ?
Il faut dénoncer les arguments grossiers qui visent à prendre les français pour des imbéciles. Le service public est le seul statut qui interdit, pour une entreprise de cette taille, d’être cannibalisé à la faveur d’une OPA. En ce qui concerne le domaine de l’énergie, ce n’est pas une mince affaire ! Quelles garanties nous donnerons nos parlementaires à ce propos ? Aucune qui vaille ! Ce qui signifie qu’ils ne défendraient pas l’intérêt général ? Oui, et c’est pour cela qu’il faut que le premier chantier du prochain Président soit une réforme institutionnelle de grande ampleur qui garantisse à la VIème République des élus débarrassés de l’influence des intérêts particuliers.
Militants de la gauche laïque et républicaine, nous demandons l’application du principe de la laïcité dans la sphère économique. Cela signifie que nous exigeons une séparation de la sphère privée et de la sphère publique en matière économique. Ce qui veut dire qu’il ne devra plus être question de mélanger les fonds publics et les fonds privés, et que certaines activités indispensables au bien être de tous (éducation, santé, énergie, eau, etc.) seront soustraites du marché grâce à un nouveau statut démocratique, transparent, répondant aux impératifs de l’intérêt général, qui s’appellerait… les Services Publics.
Si un seul des objectifs suivants était empêché par la privatisation, elle devrait être rejetée : souveraineté énergétique - indépendance (réduction, diversification et pérennisation des importations), développement de politiques volontaristes de réduction de la consommation (amélioration des rendements, réduction des pertes, développer les techniques et les comportements économes) - diversification des sources d’énergie - vision à moyen et long terme basée sur l’intérêt général des générations actuelles et futures - contrôle citoyen (définition démocratique des besoins, démarche implicative et participative, processus d’évaluation). Le constat est à la portée d’un élève de lycée : aucun de ces objectifs ne sera possible avec GDF privatisée !
La bataille du gaz qui s’annonce doit donc marquer un tournant. Ses enjeux, la prise de conscience que les politiques néolibérales sont minoritaires dans le peuple, la proximité d’échéances électorales majeures, sont autant de raisons de faire de ce dossier un étendard de notre combat pour le modèle laïque de la république sociale.
copie intégrale autorisée de la CHRONIQUE D’EVARISTE de ResPublica n°465, pour réagir : prs_basrhin@yahoo.fr ou evariste@gaucherepublicaine.org
