La république face aux nouvelles figures de la barbarie (suite), conférence de Marie Perret
le modèle républicain et la constitution du citoyen - Marie Perret - UFAL -, à Cestas
.............................extrait de la conférence................................Au sens où nous l’entendons communément aujourd’hui, le barbare désigne la figure de celui qui travaille à diviser l’humanité. Comment le barbare en vient-il à diviser l’humanité ? L’opérateur de la division, c’est toujours la fétichisation d’un particularisme. En fétichisant le particularisme aryen (qui est un particularisme imaginaire puisque la race aryenne est un pur fantasme), le barbare nazi en arrive à segmenter l’humanité : il y a d’un côté ceux qui sont censés posséder ce particularisme, et qui, du coup, appartiennent au mode des humains et de l’autre ceux qui ne le possèdent pas, que le barbare traite alors comme un sous-homme, comme un déchet, qui est exclu du monde et rejeté dans l’immonde.
Le barbare apparaît par conséquent comme un homme de préjugé. Le préjugé, à la différence d’une simple opinion, constitue une faute morale. Le préjugé, qu’il soit raciste, sexiste, ou encore intégriste, segmente l’humanité. Par exemple, le régime de l’Apartheid était fondé sur un préjugé raciste : au nom d’un particularisme (le fait d’être blanc) le pouvoir divisait le corps politique en deux catégories de citoyens : il y avait d’une part les blancs qui pouvaient jouir de la plénitude de leurs droits et d’autre part les noirs qui étaient privés de la pleine jouissance de ces droits (on leur refusait, entre autres, le droit d’accéder à la propriété de la terre). Autre exemple de régime politique fondé sur le préjugé, sexiste pour le coup : du temps des talibans, le régime afghan refusait, au nom d’un particularisme biologique (le sexe) de traiter les femmes comme des citoyennes à part entière : non seulement celle-ci était exclue de la vie politique, recluse dans leur foyer, mais elles étaient également privée du droit à l’instruction et du droit aux soins. On sait que l’Afghanistan est loin d’en avoir fini, aujourd’hui, avec le préjugé : il s’en est fallu de peu pour que cet homme qui, il y a quelques mois, avait été condamné à mort pour s’être converti au christianisme ne soit pas exécuté. On voit sur cet exemple, comment opère le préjugé intégriste : au nom d’un particularisme religieux (le fait d’adhérer à telle religion), on segmente, là encore, l’humanité en deux : d’un côté il y a les bons croyants, et de l’autre « ces chiens d’hérétique » (catégorie très large qui recouvre les autres croyants, les athées et les agnostiques).
On voit à partir de cette analyse du préjugé ce qui peut faire le lit de cette figure de la barbarie qui travaille à la segmentation de l’humanité : à savoir le communautarisme. Le communautarisme peut être défini comme une manière de définir la citoyenneté et de constituer le corps politique à partir du préjugé. La communauté se rassemble autour d’un particularisme (qu’il soit biologique, culturel ou même imaginaire), qui constitue le ciment du lien politique, et elle définit le citoyen à partir de ce particularisme : elle produit ainsi une image de citoyen. Dans un corps politique fondé sur le communautarisme, le citoyen a telle couleur de peau, tel sexe, telle religion, etc. Il est toujours défini à partir d’une spécificité. On voit, du même coup, la logique qui conduit le communautarisme à la segmentation : la communauté se définissant à partir d’une fétichisation de tel ou tel particularisme, tous les individus qui ne se reconnaissent pas dans ce particularisme ou qui en sont privés sont relégués au statut de citoyens de seconde zone.
Le modèle républicain repose sur une thèse : on ne saurait travailler à la segmentation de l’humanité. Mais pour que cette thèse morale ne soit pas qu’un vœu pieux, la république se fonde sur un principe politique à partir duquel elle définit le citoyen, le principe de laïcité. Définir la citoyenneté à partir du principe de laïcité revient à se régler sur la thèse suivante : on ne saurait produire une image du citoyen. Le modèle républicain constitue le citoyen non pas à partir de la reconnaissance d’un particularisme préalable, mais à partir de la dissolution de tous les particularismes. C’est la raison pour laquelle le citoyen ne coïncide pas avec l’individu empirique : l’individu empirique a un sexe, une couleur de peau, il a telle ou telle croyance, ou bien il n’en a pas. De tout cela, la République ne veut rien savoir. Cela ne signifie pas que la modèle républicain fasse violence à l’individu (que l’individu se verrait interdire de revendiquer tel particularisme) : dans une république démocratique comme la nôtre, l’individu peut exprimer ce qui le particularise au sein de la société civile, espace qui est régi par le principe de tolérance : les croyants ont la liberté de pratiquer leur culte, les athées ont le droit de critiquer la religion (mais aussi de caricaturer Dieu !), les individus ont le droit de créer une association pour revendiquer telle ou telle appartenance, telle ou telle adhésion. ...................
La REPUBLIQUE SOCIALE pour refonder la gauche et son union