Le plan D.....pour l'Europe
La gifle du « non » irlandais arrêtera-t-elle la course folle d’une construction européenne qui semble avoir décidé de se passer du peuple ? Il faut le souhaiter avec la plus grande force et tout faire pour qu’il en soit ainsi.
Un seul pays ne peut imposer sa volonté à 26 autres ? Là encore, ce n’est pas la faute aux Irlandais. C’est le traité de Lisbonne qui prévoit que l’accord des 27 est indispensable pour entrer en vigueur. Les gouvernements européens peuvent-ils changer la règle du jeu en cours de route parce qu’elle ne leur convient plus ?
Les électeurs irlandais auraient voté pour des raisons de politique intérieure dont l’Union n’a pas à tenir compte ? Rien n’est plus faux. La Chambre actuelle a été élue il y a un an seulement, le parti au pouvoir depuis 1932 retrouvant une majorité confortable de plus de 40% des voix. Les partisans du « non » n’ont pas cherché à exploiter un rejet du pouvoir qui n’existe pas. C’est sur la question européenne que les électeurs se sont prononcés. Ce n’est pas la crise nationale qui provoque la crise européenne. C’est la crise européenne qui provoque une crise nationale. Et c’est l’entêtement européen qui pourrait maintenant provoquer une catastrophe irlandaise.
Le risque de cette folle fuite en avant existe malgré tout chez les eurocrates. Car la forme actuelle de la construction européenne a profondément altéré les convictions démocratiques des élites européennes. N’est-ce pas l’ancien militant anti-autoritaire Daniel Cohn Bendit qui déclara récemment au Monde : « Les Irlandais ont tout obtenu de l'Europe et ils n'en ont pas conscience. C'est donc qu'il y a un problème. Visiblement, nous, Européens, n'arrivons pas à expliquer aux peuples ce que nous sommes en train de faire. » Selon Cohn Bendit, il existe donc une catégorie particulière de personnes, les Européens, distincte des peuples d’Europe, caste aristocratique éclairée puisant sa légitimité en elle même. La frontière entre l’Europe a-démocratique et l’Europe anti-démocratique est très ténue. Elle est peut-être en train d’être franchie. Elle le serait si le traité de Lisbonne entrait en vigueur malgré les « non » successifs de trois peuples par référendum.
Comment ne pas s’étonner qu’il ne se soit trouvé personne parmi les élites européennes pour proposer comme scénario possible de sortie de crise de prendre appui sur la prochaine élection du Parlement européen ? En juin 2009, tous les citoyens de l’Union voteront au même moment. C’est un rendez-vous démocratique sans équivalent dans l’Union. Il suffirait que les chefs d’Etat s’accordent pour confier à ces représentants du peuple un mandat institutionnel, c’est-à-dire la tâche de proposer une nouvelle organisation des pouvoirs au sein de l’Union. Alors l’Europe se donnerait les moyens de renouer avec la confiance populaire. Et les chefs d’Etat pourraient remballer leur copie sans qu’aucun d’eux n’ait à perdre la face de s’être incliné devant le peuple lui-même.