Les enjeux sociaux et républicains de la bataille contre le contrat première embauche, au sein des entreprises 2/2

Publié le par PC

..............Mais le patronat, au-delà du CPE, aura, demain, la possibilité d’utiliser deux autres mécanismes pour casser les solidarités. Le cas que la CGT vient de signaler, dans le Mantois, avec l’utilisation, à Porcheville, dans une centrale électrique, de salariés polonais travaillant pour 400 euros par mois est une autre arme redoutable. En ce sens, le Medef se satisfait totalement du discours – que tenait d’ailleurs Madelin – sur la liberté de l’immigration, et la possibilité qu’elle offre, même en période de chômage de masse, de tirer les salaires et les conditions de travail vers le bas. La politique de Nicolas Sarkozy, sur l’immigration choisie, ne dérange pas davantage le Medef, puisque, loin de contraindre les employeurs à rendre leurs conditions de travail compatibles avec le niveau de vie justement revendiqué par les salariés de France, il fait passer un autre message : adaptez-vous aux conditions actuelles, ou bien on fait venir de la main-d’œuvre étrangère pour travailler à votre place.

Un autre mécanisme serait une aubaine pour le patronat. Suite aux violences des quartiers de novembre-décembre dernier, le chef de l’Etat a relayé les discours communautaristes de Nicolas Sarkozy et d’Azouz Begag, sur la discrimination positive, et a envisagé de contraindre les entreprises à se plier à ces nouvelles règles. Imaginez des employeurs contraints d’embaucher, par la loi, des quotas, des salariés, en fonction de leurs origines supposées, voire de leurs pratiques sexuelles.
La réaction de soutien au CPE de Villepin d’une association communautariste comme l’Union Française de la Cohésion Nationale (UFCN), animée par le nommé Mustapha Lounès, devrait interpeller tous les militants qui mènent le combat social, en oubliant de mener le combat laïque. L’UFCN soutient le projet de Villepin, et calomnie les militants qui le combattent. Ce groupuscule présente régulièrement une militante voilée dans les élections locales, a multiplié les recours contre la loi contre les signes religieux à l’école du 15 mars 2004, et entend imposer les règles de l’islam à la République. Il fait passer un message limpide au patronat : embauchez les salariés de notre communauté, et vous n’aurez pas de problèmes sociaux avec nous.

Les possibilités données, pour les employeurs, de miser sur une division communautariste, ethnique, religieuse ou autre, au sein de l’entreprise, bouleverserait les règles sociales actuelles, au détriment du salariat.
Encore aujourd’hui, la solidarité de classe sociale prend encore le pas, malgré des discours style « Indigènes de la République », sur la solidarité communautariste dans les lieux de travail.

Rappelons-nous les propos de Madelin en 1994. On n’en est pas à cette étape.
Mais le CPE de Villepin, et la division communautariste du monde du travail, serait une bonne transition pour y parvenir. Il n’en demeure pas moins que la droite a souvent cru, par le passé, que le rapport de forces lui était favorable, suite à une première victoire, pour aller plus loin, que cela soit sur le combat laïque ou le combat social.

Elle a cru que les accord Lang-Cloupet de 1992 lui permettait, un an plus tard, de remettre en cause les limites de financement des écoles privées..
Il y a eu le 16 janvier 1994.
Elle a cru que sa victoire de 1995 lui permettait d’attaquer de front la sécurité sociale solidaire, les retraites et les services publics, il y a eu le mouvement de décembre 1995.
La droite a attaqué de nouveau sur les retraites, en 2003, et là, a tenu bon, malgré six journées de grève, et onze dans l’Education nationale.

Faire reculer Villepin, en campagne électorale, et infliger une défaite à ce gouvernement ne règlera pas tout, chacun en est conscient, les risques cités plus haut demeureront. Mais si Villepin gagne, l’accélération d’une mise en place d’une machine de guerre contre le salariat va se mettre en place très vite.
Les enjeux de la bataille du CPE sont à ce niveau. Les jeunes commencent à s’organiser dans les lycées et dans les universités. De la jonction du mouvement de jeunes et du mouvement syndical, et de l’ampleur des mobilisations dépendra durablement le rapport de forces entre le salariat et les employeurs, au sein des entreprises.
Conclusion : il faut gagner, et infliger une défaite au gouvernement Villepin-Sarkozy sur ce terrain là.
Première étape : réussir la mobilisation du 7 mars, dans la rue, partout en France.

par Pierre Cassen paru dans ResPublica n°422

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Publié dans PRS

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