Les banlieues senflamment : à qui profite le crime ?
Les émeutes qui se déroulent actuellement dans les banlieues suscitent un certain malaise. Tout se passe comme si l’analyse était prise dans une véritable antinomie : celle de la compassion et de la répression. Tout se passe comme si le citoyen était sommé de prendre parti pour l’un de ces deux discours, le discours compatissant, d’une part, le discours purement répressif, d’autre part. Le discours compatissant fait de l’émeutier une victime. La victime d’une politique inique menée par un gouvernement de droite incapable de résoudre les problèmes de banlieues. La victime de la discrimination, du chômage, de la désespérance. Le discours compatissant se penche volontiers sur les causes, et convoque l’expertise sociologique : l’émeutier, c’est le jeune désoeuvré, qui n’a pas d’autres perspectives d’avenir que le désert urbain auquel il est assigné. L’émeute est alors perçue comme un symptôme : le symptôme d’un malaise plus profond, d’un malaise social grandissant, dont les jeunes ne sont en rien responsables.
Lorsque l’on tient le discours de la compassion, on est tenté par l’indulgence, on reporte la faute sur les causes sociales. Face au discours de la compassion, majoritaire à gauche, le discours de la répression : Sarkozy en est le chantre, et est parvenu, grâce à lui, à recréer une bien improbable unité gouvernementale. Le discours de la répression s’attache moins aux causes qu’aux réponses immédiates : il faut ramener l’ordre. Il faut faire preuve de fermeté. Il faut appliquer le principe de la tolérance zéro. L’émeutier, c’est la racaille, qu’il faut nettoyer au karcher. L’émeutier, c’est la gangrène, qu’il faut traiter de façon chirurgicale. L’émeute est moins le symptôme d’un malaise social, que l’expression d’une rébellion intolérable. Optez pour le discours de la compassion : vous serez immédiatement accusés par les tenants de la répression de laxisme et d’angélisme, vous ferez alors parti du camp de ceux qui excusent l’inexcusable. Vous serez l’ange qui fait la bête. Optez pour le discours de la répression : vous serez immédiatement taxé d’odieux fasciste, vous ferez parti du camp de ceux qui s’aveuglent à la misère sociale.............
Pour échapper au piège qui est actuellement tendu, à savoir l’antinomie stérile entre le discours de la compassion et celui de la répression, il est urgent d’opposer à la stratégie Sarkozy celle de Jean Jaurès : il faut lier le combat social et le combat laïque. Le modèle républicain a rarement subi une attaque d’une telle envergure : la presse internationale conclue de la situation des banlieues à l’échec du modèle d’intégration à la française. Les communautaristes musulmans distillent la thèse selon laquelle la république ne peut se passer des grands frères et des imams pour pacifier les " quartiers ". Ils jouissent, en cela, à la fois de la bienveillance de Nicolas Sarkozy et de la complaisance des islamo gauchistes, qui en profitent, au passage, pour légitimer les auteurs des émeutes, transformés pour l’occasion en icônes de la révolution indigène contre l’Etat colonial. N’en déplaise aux promoteurs de l’ultralibéralisme, n’en déplaise aux islamo gauchistes, n’en déplaise aux communautaristes religieux : on ne pourra déployer un authentique projet social pour les banlieues qu’en se réglant sur le modèle républicain.
La république laïque et sociale est en effet le seul modèle politique qui permet aux jeunes des banlieues d’échapper à ces deux caricatures que constituent la victime ou la racaille : d’être des citoyens.
extrait d'une déclaration de l'UFAL rédigée par Marie Perret et Nicolas Gavrilenko
La République Sociale comme modèle politique d'une alternative durable